Piscine écologique et mare naturelle – Lionel Pedriali

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Je reçois Lionel Pedriali pour parler de piscine écologique et de la conception de mares et bassins naturels.  

Lionel conçoit et réalise des piscines écologiques aussi appelées mares baignables. 

Dans cet épisode, vous saurez donc tout sur la conception et l’entretien de ces bassins naturels qui agrémentent les jardins et accueillent la biodiversité toute l’année. 

Il décrit les matériaux à mettre en oeuvre, les différents espaces comme la zone de bain et la zone de régénération, qui permet la filtration de l’eau par une succession de cailloux et de plantes aquatiques, et il présente les multiples intérêts d’avoir un bassin naturel à la place d’une piscine conventionnelle. 

Cet épisode a été enregistré chez Corinne qui a reconverti sa piscine existante en piscine écologique. 

Merci à elle pour l’accueil et merci à Lionel pour ces explications claires et détaillées sur les bassins naturels. 

Je vous souhaite une très bonne écoute.

Notes de l’épisode

Pour contacter Lionel : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

  • Vivre avec la terre – Charles et Perrine Hervé-Gruyer

Le mantra partagé par mon invité-e : 

“Quand il y a un problème, une partie des gens disent “il y a un problème”, une autre partie des gens disent “il y a un problème mais voilà la solution”, et une petite partie des gens disent “il y a un problème, voilà comment j’en fait une opportunité””.

Crédits photos : © Permaculture Design – © La Case Robinson

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Piscine écologique : comment concevoir un bassin naturel vivant et durable ?

La piscine écologique séduit de plus en plus de particuliers à la recherche d’une alternative aux bassins conventionnels traités au chlore. Également appelée piscine naturelle, bassin de baignade ou mare baignable, elle permet de profiter d’un espace de baignade tout en créant un véritable écosystème dans le jardin.

Dans cet épisode de La Case Robinson, Lionel Pedriali, co-dirigeant de Permaculture Design, présente les grands principes de conception de ces bassins naturels. À travers l’exemple concret d’une ancienne piscine transformée près de Bordeaux, il explique comment associer zone de baignade, filtration par les graviers, plantes aquatiques et circulation de l’eau.

Plus qu’un simple équipement de loisir, la piscine écologique devient un élément vivant du paysage. Elle accueille les oiseaux, les libellules, les grenouilles et de nombreux insectes aquatiques. Elle peut être observée toute l’année, même lorsque personne ne s’y baigne.

Qu’est-ce qu’une piscine écologique ?

Les termes employés varient : piscine naturelle, bassin naturel, bassin de baignade ou mare baignable. Ils désignent cependant une même idée générale : proposer une eau dans laquelle il est possible de se baigner sans avoir recours aux traitements chimiques habituellement utilisés dans une piscine conventionnelle.

La différence essentielle réside donc dans la manière de traiter l’eau.

Dans une piscine classique, le chlore ou d’autres produits désinfectants sont utilisés pour empêcher le développement des organismes vivants. Dans une piscine écologique, le principe est inverse : le bassin s’appuie sur des mécanismes naturels pour maintenir l’équilibre de l’eau.

La filtration repose notamment sur :

  • la circulation permanente de l’eau ;
  • différentes couches de graviers ;
  • les bactéries naturellement présentes dans le bassin ;
  • les plantes aquatiques filtrantes et oxygénantes ;
  • une conception adaptée à l’usage et aux dimensions du projet.

Un espace de baignade qui enrichit le jardin toute l’année

L’un des principaux intérêts d’une piscine écologique est sa capacité à rester attractive en dehors de la période estivale.

Une piscine conventionnelle est souvent couverte pendant une grande partie de l’année. Lorsqu’elle se trouve devant les fenêtres de la maison, elle peut alors constituer un espace relativement figé, peu agréable à contempler durant l’automne et l’hiver.

Le bassin naturel change cette relation. Il devient un point d’observation permanent. Les plantes évoluent au fil des saisons, les oiseaux viennent boire, les libellules apparaissent rapidement et différentes espèces peuvent progressivement coloniser le milieu.

La piscine écologique offre ainsi un espace de baignade, une pièce paysagère visible depuis la maison et un refuge favorable à la biodiversité.

Cette approche suppose de ne pas concevoir le bassin comme un objet isolé. La terrasse, les plantations périphériques, les cheminements et les vues depuis la maison doivent être pensés ensemble. Une piscine naturelle réussie est intégrée à l’écosystème général du jardin.

Les deux grandes zones d’une piscine naturelle

Une piscine écologique comprend généralement deux espaces principaux : la zone de baignade et la zone de filtration, aussi appelée zone de régénération.

La zone de baignade

La zone de baignade est destinée aux occupants. Elle doit permettre d’entrer et de sortir facilement de l’eau, de nager, de se rafraîchir ou de jouer.

Son aménagement dépend directement des usages prévus. Un bassin destiné à une baignade occasionnelle ne sera pas conçu de la même manière qu’une piscine utilisée régulièrement par plusieurs enfants.

La zone de bain peut intégrer :

  • des marches ;
  • un banc immergé ;
  • une terrasse depuis laquelle entrer dans l’eau ;
  • une profondeur adaptée à la nage ;
  • une prise balai ou un dispositif de nettoyage ;
  • une structure intérieure facilitant l’entretien.

Dans le projet présenté, la zone de baignade prend la forme d’une coque en bois de quatre mètres par quatre mètres, aux parois droites et faciles à nettoyer.

La zone de filtration ou de régénération

La seconde partie du bassin est consacrée au traitement naturel de l’eau. Elle est remplie de couches successives de cailloux et de graviers de granulométries différentes.

L’eau traverse ces matériaux avant d’être aspirée au point le plus profond, puis renvoyée vers la zone de baignade. Ce passage dans le massif minéral assure une filtration mécanique, tandis que les bactéries et les plantes participent à l’épuration biologique.

La zone de régénération est donc le cœur du fonctionnement de la piscine écologique. Elle ne doit pas être considérée comme un simple massif décoratif.

Comment fonctionne la filtration naturelle ?

Le fonctionnement d’un bassin naturel repose sur l’association de plusieurs phénomènes complémentaires.

Une filtration mécanique à travers les graviers

Dans la zone de régénération, les couches de graviers retiennent progressivement une partie des matières en suspension. La circulation de l’eau est organisée de manière à la forcer à traverser l’ensemble du massif filtrant.

Une pompe aspire l’eau au fond d’un puits installé dans la zone de filtration. Elle récupère ainsi l’eau la plus fraîche, après son passage dans les différentes couches minérales, puis la renvoie vers la zone de bain.

Le travail des bactéries

Les graviers offrent une très grande surface de développement aux bactéries. Celles-ci participent à la transformation de la matière organique présente dans le bassin.

De manière simplifiée, les bactéries dégradent cette matière et la transforment en éléments minéraux. Ces nutriments deviennent ensuite disponibles pour les plantes aquatiques.

Le rôle des plantes

Les plantes absorbent une partie des minéraux produits par l’activité bactérienne. Elles contribuent ainsi à limiter leur accumulation dans l’eau.

Le cycle est simple : les bactéries décomposent la matière organique, produisent des minéraux, puis les plantes absorbent ces nutriments et contribuent à épurer l’eau.

Les plantes ne sont donc pas seulement esthétiques. Elles participent pleinement à l’équilibre biologique de la piscine écologique.

Pourquoi la circulation de l’eau est-elle indispensable ?

Une piscine écologique n’est pas une mare stagnante. La mise en mouvement de l’eau est nécessaire pour maintenir une bonne qualité de baignade.

La circulation remplit plusieurs fonctions :

  • elle force le passage de l’eau à travers le massif filtrant ;
  • elle favorise son oxygénation ;
  • elle évite la formation de zones stagnantes ;
  • elle dirige les feuilles et les petits débris vers la zone de filtration ;
  • elle homogénéise la température du bassin ;
  • elle maintient une eau plus claire et agréable.

Dans le projet présenté, l’aspiration crée également un vortex dans le puits de filtration. Même si les éléments paraissent simples, leur organisation demande une véritable cohérence technique.

Quelles plantes choisir pour une piscine écologique ?

La végétation doit associer plusieurs familles de plantes. Lionel Pedriali évoque une répartition indicative en trois groupes :

  • environ un tiers de plantes reconnues pour leurs capacités filtrantes ;
  • environ un tiers de plantes oxygénantes ;
  • environ un tiers de plantes choisies pour leur intérêt paysager.

Les lotus et les nénuphars occupent une place particulière. En plus de leur aspect graphique, leurs feuilles créent de l’ombre à la surface de l’eau. Cet ombrage contribue à limiter l’échauffement excessif du bassin et participe à son équilibre.

Parmi les plantes pouvant être intégrées figurent notamment :

  • les iris ;
  • les alismas ;
  • les carex ;
  • les papyrus ;
  • les salicaires ;
  • les prêles ;
  • les lotus ;
  • les nénuphars.

Le choix doit toutefois être adapté au climat, à l’altitude et à la région. Une plante convenant à un bassin situé près de Bordeaux ne sera pas nécessairement la meilleure option dans le nord de la France, en montagne ou sous un climat méditerranéen. Il est donc pertinent de solliciter un pépiniériste spécialisé dans les plantes aquatiques.

Certaines espèces très envahissantes doivent par ailleurs être évitées. Les massettes et les grands roseaux, par exemple, peuvent produire des systèmes racinaires puissants et coloniser rapidement la zone de filtration. Les bambous ne sont pas adaptés à cet usage.

Les matériaux utilisés pour construire un bassin naturel

Une membrane EPDM pour l’étanchéité

La membrane EPDM est régulièrement utilisée pour assurer l’étanchéité d’une piscine écologique. Il s’agit d’un matériau dérivé du caoutchouc, livré sous la forme d’une grande bâche.

Protégée des ultraviolets, cette membrane offre une grande durabilité, un coût accessible et une mise en œuvre adaptée à l’autoconstruction.

La membrane est protégée par des feutres afin de limiter les risques de perforation. Elle ne doit jamais être percée pour fixer les éléments intérieurs.

Une structure en bois dans la zone de bain

Une coque en bois peut être construite au-dessus de la membrane afin de créer un fond plat et des parois régulières.

Cette structure est simplement posée dans le bassin. Elle est ensuite stabilisée par sa conception et par les graviers installés autour. Ce principe évite tout percement de l’étanchéité.

Facile à découper et à assembler, le bois permet de créer des marches, des bancs ou des plateformes sur mesure tout en masquant la membrane et ses plis.

Dans l’exemple étudié, du Douglas non traité a été utilisé. Les bois très tanniques, comme le chêne, sont plutôt à éviter, car ils peuvent colorer l’eau et perturber son équilibre.

Constamment immergé, le bois est peu exposé à l’oxygène et aux champignons. Les bois fortement traités sont en revanche peu cohérents avec la recherche d’un milieu vivant.

Comment éviter que le bois devienne glissant ?

Comme dans tout milieu aquatique vivant, un biofilm peut se développer sur les surfaces immergées. Celui-ci peut rendre certaines marches ou certains planchers glissants.

La zone de bain doit donc pouvoir être entretenue comme celle d’une piscine conventionnelle. Il est possible d’utiliser :

  • un robot de piscine ;
  • une prise balai ;
  • une brosse pour frotter les marches ;
  • un système d’aspiration adapté.

La piscine écologique nécessite donc un entretien, mais sans rechercher la stérilité complète du bassin. L’objectif consiste à préserver une zone de baignade agréable tout en respectant le fonctionnement vivant de l’ensemble.

Transformer une piscine traditionnelle en piscine écologique

Le projet présenté dans l’interview illustre une situation fréquente : une ancienne piscine en béton n’est plus utilisée, son liner est endommagé et ses abords très minéraux dégradent la vue depuis la maison.

Plutôt que de démolir entièrement la structure, il est possible de la réemployer.

Les principales étapes consistent à :

  • retirer l’ancien liner ;
  • nettoyer la coque ;
  • reboucher les anciennes traversées et réservations ;
  • contrôler l’état du béton ;
  • poser une nouvelle étanchéité en EPDM ;
  • construire la zone de bain ;
  • remplir la zone de régénération de graviers ;
  • installer le circuit hydraulique et les plantations.

Avant toute transformation, la solidité de la coque doit être vérifiée. Le regard d’un maçon ou d’un professionnel compétent permet de confirmer que la structure n’a pas bougé, qu’elle ne présente pas de fissures préoccupantes et qu’elle peut être conservée.

Ce réemploi évite une démolition lourde et transforme un espace abandonné en élément central du jardin.

Dans le projet réalisé près de Bordeaux, l’ancienne piscine possédait également une terrasse minérale sur tout son périmètre. Une partie de ces matériaux a été retirée afin de réduire la surface imperméabilisée et de mieux intégrer le bassin dans le paysage.

Une terrasse n’a en effet pas nécessairement besoin de faire tout le tour d’une piscine. En limitant sa surface aux endroits réellement utilisés, il est possible de diminuer :

  • la quantité de matériaux ;
  • le coût du chantier ;
  • l’aspect minéral du projet ;
  • l’impact paysager de l’aménagement.

Quelles dimensions prévoir ?

Dans le cas présenté, l’ancienne piscine mesurait environ huit mètres sur quatre. Elle a été divisée en deux parties équivalentes :

  • quatre mètres sur quatre pour la baignade ;
  • quatre mètres sur quatre pour la filtration.

Lionel Pedriali recommande de consacrer environ 50 % du bassin à la zone de régénération. Ce ratio doit être adapté en fonction de la surface, du volume, de la profondeur et de l’intensité d’usage, mais il constitue une base prudente pour obtenir une bonne qualité d’eau.

Une zone de filtration profonde augmente l’inertie thermique : l’eau chauffe plus lentement au printemps, mais conserve sa chaleur plus longtemps en arrière-saison.

Pour la zone de baignade, la profondeur dépend avant tout des usages : jeux, détente, nage ou simple rafraîchissement.

Le dimensionnement doit également tenir compte du nombre d’utilisateurs. Un bassin destiné à accueillir régulièrement des enfants et de nombreux baigneurs doit bénéficier d’une filtration suffisamment importante. À l’inverse, une piscine utilisée ponctuellement pourra être pensée différemment.

Peut-on créer une piscine écologique sans bassin en béton ?

Une coque maçonnée n’est pas indispensable. Lorsqu’aucune piscine n’existe, le bassin peut être creusé directement dans le terrain, à la manière d’une grande mare.

Les pentes étant plus douces que dans une coque en béton, l’emprise au sol augmente et la zone de baignade occupe une proportion plus faible de l’ensemble.

La membrane EPDM reste utile pour assurer l’étanchéité. Un terrain argileux peut ralentir les infiltrations, mais l’argile seule ne constitue pas toujours une étanchéité suffisante pour une piscine destinée à conserver un niveau d’eau stable.

Sans membrane, un apport régulier en eau peut être nécessaire, notamment lorsqu’aucune source naturelle n’alimente le bassin. Cette solution peut convenir à certaines mares, mais elle est moins adaptée à une piscine écologique devant garantir une profondeur et une qualité de baignade constantes.

Combien de temps faut-il pour réaliser une piscine écologique ?

La durée du chantier dépend de la taille, de l’accessibilité, du niveau d’équipement et de l’expérience des personnes qui interviennent.

Pour un projet comparable à celui présenté :

  • deux particuliers motivés peuvent prévoir environ quatre à six week-ends ;
  • deux professionnels équipés peuvent réaliser le chantier en une douzaine de jours ;
  • la manutention des graviers représente une étape particulièrement importante ;
  • la proximité entre le point de livraison et le bassin influence fortement la durée du chantier.

L’autoconstruction reste envisageable, mais elle nécessite une conception précise : une erreur de dimensionnement ou de circulation peut compromettre l’équilibre du bassin.

La livraison et la mise en place des graviers constituent notamment une phase physique du chantier. Selon l’accessibilité du jardin, il peut être nécessaire de mobiliser plusieurs personnes pour transporter les matériaux jusqu’au bassin.

Une piscine qui accueille la biodiversité

Dès la mise en eau d’un bassin naturel, la faune locale peut rapidement apparaître.

Parmi les visiteurs les plus fréquents se trouvent :

  • les libellules ;
  • les dytiques et autres insectes aquatiques ;
  • les oiseaux venus boire ou se baigner ;
  • les grenouilles ;
  • les tritons.

Cette présence ne signifie pas que le bassin devient impropre à la baignade. Elle témoigne au contraire de la création d’un milieu vivant.

La zone de baignade reste clairement séparée de la partie plantée. Les animaux se concentrent généralement dans les espaces de régénération, où ils trouvent des végétaux, des graviers et des zones peu profondes.

Le bassin devient ainsi un véritable point d’eau dans le jardin, particulièrement précieux pendant les périodes chaudes et sèches.

La piscine écologique, un bassin adapté aux enjeux de demain

La piscine écologique ne se résume pas à une piscine conventionnelle dont le chlore aurait été supprimé. Elle repose sur un changement de regard.

L’eau n’est plus maintenue dans un état artificiellement stérile. Elle devient le support d’un écosystème associant bactéries, plantes, insectes, oiseaux et autres animaux du jardin. La baignade reste possible, mais elle s’inscrit dans un espace plus large, pensé pour être vivant et contemplatif.

Ce type de bassin présente plusieurs atouts :

  • aucun traitement chimique courant de l’eau ;
  • une intégration paysagère plus naturelle ;
  • un intérêt visuel durant toute l’année ;
  • un accueil favorable à la biodiversité ;
  • la possibilité de réemployer une piscine existante ;
  • une conception compatible avec l’autoconstruction ;
  • une meilleure cohérence avec une approche écologique du jardin.

Dans un contexte marqué par les restrictions d’eau et la recherche de solutions plus résilientes, la piscine écologique apparaît comme une piste particulièrement intéressante.

Lorsqu’elle est bien conçue, elle devient à la fois un lieu de baignade, une réserve de biodiversité et une nouvelle pièce paysagère au cœur de l’habitat. Là où une piscine conventionnelle peut rester couverte et inutilisée durant une grande partie de l’année, le bassin naturel continue à évoluer, à accueillir la vie et à enrichir le jardin au fil des saisons.

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