Passif et militant – Julien Rivat

Je reçois Julien Rivat, architecte spécialisé dans les bâtiments passifs pour comprendre l’intérêt de construire et rénover passif. 

En ce moment je me forme pour devenir concepteur Européen en Bâtiments Passifs. 

Et à cette occasion, j’échange avec des professionnels pour comprendre l’intérêt de construire ou de rénover au standard passif. 

Après Camille Sifferlen et Corentin Desmichelle, je vous emmène cette semaine dans la case de Julien Rivat.

Julien est architecte, il découvre l’approche passive lors d’un voyage alors qu’il s’interroge sur le sens de son métier. 

Depuis, il conçoit et réalise des bâtiments passifs, qui consomment très peu d’énergie et offrent un confort certain pour les occupants. 

Après des années de pratique, il observe que lorsqu’on expérimente le confort d’un bâtiment passif, on ne souhaite plus revenir en arrière. 

Au-delà de l’architecture et de la technique, Julien défend le passif comme un acte militant, voire politique, qui permet de s’extraire des dépendances aux énergies fossiles source de tensions géopolitiques. 

On développe ces sujets au travers d’exemples concrets réalisés par Julien et ses collaborateurs dans cet épisode. 

Je vous souhaite une très bonne écoute. 

Notes de l’épisode

Le résumé et les photos de l’épisode : https://www.lacaserobinson.fr/batiment-passif-militant/  

Pour contacter Julien : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

  • Le monde sans fin – Jean-Marc Jancovici

Le mantra partagé par mon invité-e : 

“La meilleure énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas”

“Le bon matériau au bon endroit”

Crédits photos : © Atelier d’Architecture Rivat – © La Case Robinson

AtelierArchitectureRIVAT
école Jules Verne
Rivat Architecture
Maisons passives
Jules Verne

Bâtiment passif : rénover une école pour le confort, la sobriété et la qualité de l’air

Le bâtiment passif est souvent résumé à une promesse de très faible consommation énergétique. C’est vrai, mais c’est loin d’être le seul intérêt de cette approche. Derrière les calculs thermiques, l’isolation renforcée et la ventilation double flux, il y a surtout une ambition très concrète : créer des lieux confortables, sains et agréables à habiter toute l’année.

Dans cet épisode de La Case Robinson enregistré au Festival Passibat, l’architecte Julien Rivat partage son parcours et le retour d’expérience d’un projet particulièrement inspirant : la rénovation passive du groupe scolaire Jules Verne, près de Saint-Étienne.

Transformer une école existante en bâtiment passif, tout en maintenant une partie des locaux occupée, est un défi technique et humain. Il faut composer avec l’existant, le calendrier scolaire, les contraintes budgétaires, les réseaux cachés et la nécessité de garantir une bonne qualité d’air pour les élèves. Mais ce projet montre aussi qu’une rénovation passive peut apporter des bénéfices immédiats aux usagers : moins de froid en hiver, moins de surchauffe en été, un air intérieur mieux renouvelé et des consommations réduites pour la collectivité.

Le bâtiment passif : bien plus qu’une performance énergétique

Pour Julien Rivat, le passif ne se résume pas à une étiquette ou à une quête de chiffres. C’est avant tout une recherche de confort.

Un bâtiment passif est conçu pour limiter au maximum ses besoins de chauffage et de refroidissement. Cela passe par une enveloppe très performante, une excellente étanchéité à l’air, des vitrages performants, une ventilation maîtrisée et une réflexion fine sur l’orientation, les apports solaires et les protections estivales.

Mais ce que ressentent réellement les occupants, ce sont surtout les effets au quotidien :

  • des températures plus stables en hiver ;
  • des parois moins froides ;
  • une meilleure protection contre les fortes chaleurs ;
  • un air intérieur plus sain ;
  • moins de courants d’air et d’inconfort ;
  • des dépenses énergétiques plus faibles.

Cette approche permet de réconcilier l’architecture sensible avec une méthode de conception plus scientifique. Julien Rivat rappelle que l’architecture reste une affaire d’émotion, de lumière, de matière et de sensations. Le bâtiment passif ajoute à cela une compréhension plus rigoureuse des phénomènes physiques : pertes de chaleur, ponts thermiques, apports solaires, humidité, ventilation ou encore qualité de l’air.

L’enjeu n’est donc pas de faire des bâtiments techniques et fermés sur eux-mêmes. Au contraire, il s’agit de concevoir des lieux plus agréables à vivre, mieux adaptés aux saisons et moins dépendants des énergies extérieures.

Découvrir le passif pour redonner du sens au métier d’architecte

L’intérêt de Julien Rivat pour le bâtiment passif est né d’une expérience professionnelle marquante. Au début de sa carrière, alors qu’il travaillait sur un projet de siège social, un maître d’ouvrage lui demandait de déposer un permis de construire très rapidement afin d’échapper à une réglementation thermique plus exigeante.

L’objectif était simple : éviter d’isoler le bâtiment.

Cette demande a créé un décalage profond avec sa vision du métier. Pour lui, l’énergie n’était ni gratuite ni infinie. Il ne souhaitait pas construire des bâtiments très consommateurs sans interroger leurs conséquences environnementales, économiques et sociales.

Quelques années plus tard, une formation dans le Vorarlberg, en Autriche, lui fait découvrir les premiers bâtiments passifs. Il y rencontre une autre manière de construire : plus sobre, plus rigoureuse, plus attentive aux ressources disponibles et au confort réel des occupants.

Cette découverte fait écho à une conviction forte : à l’échelle du bâtiment, il est possible d’agir concrètement contre le gaspillage énergétique et la dépendance aux énergies fossiles.

Construire passif devient alors une manière de concevoir des bâtiments plus autonomes dans leur fonctionnement, mais aussi plus cohérents avec les enjeux climatiques et géopolitiques actuels.

Peut-on ouvrir les fenêtres dans un bâtiment passif ?

C’est l’une des idées reçues les plus répandues : un bâtiment passif serait une sorte de boîte hermétique dans laquelle il serait interdit d’ouvrir les fenêtres.

Julien Rivat tient à déconstruire cette vision. Bien sûr, l’étanchéité à l’air est essentielle pour maîtriser les consommations et le renouvellement de l’air. Mais cela ne signifie pas que les fenêtres doivent rester fermées en permanence.

Le bon sens reste de mise :

  • lorsqu’il fait très froid dehors, ouvrir grand les fenêtres longtemps n’a pas grand intérêt ;
  • pendant une canicule, ouvrir en pleine journée peut faire entrer davantage de chaleur ;
  • mais lorsque les températures sont agréables, entre environ 10 et 25 °C, les occupants peuvent vivre fenêtres ouvertes.

Le bâtiment passif ne supprime pas les usages naturels. Il cherche simplement à ce que l’ouverture des fenêtres soit un choix de confort, et non une nécessité pour compenser un air intérieur vicié ou une mauvaise ventilation.

La ventilation mécanique double flux assure un renouvellement d’air maîtrisé, y compris lorsque les fenêtres sont fermées. Elle permet donc de conserver une bonne qualité d’air sans gaspiller inutilement la chaleur accumulée à l’intérieur du bâtiment.

Rénover une école existante au standard passif

Le projet du groupe scolaire Jules Verne est particulièrement intéressant car le programme initial ne prévoyait pas une rénovation passive. La commune envisageait une rénovation thermique visant un niveau BBC rénovation.

L’ambition passive a été proposée par l’équipe de maîtrise d’œuvre. Pour convaincre la collectivité, Julien Rivat s’est appuyé sur des réalisations précédentes et sur des retours d’expérience concrets.

Les arguments ont rapidement trouvé leur place :

  • un meilleur confort d’hiver pour les enfants et les enseignants ;
  • une protection renforcée contre la chaleur en période estivale ;
  • une réduction des consommations de chauffage ;
  • une meilleure qualité de l’air dans les salles de classe ;
  • des enseignants plus satisfaits ;
  • un bâtiment plus durable pour la commune.

La rénovation passive n’est donc pas apparue comme une surcouche technique, mais comme une réponse cohérente aux besoins de l’école.

Le projet concernait à la fois une école élémentaire, une école maternelle et des extensions. L’enjeu était de rénover sans interrompre complètement la vie de l’établissement.

Dans l’école élémentaire, certaines salles ont pu être libérées temporairement. Une première aile a été rénovée, testée, puis occupée par les élèves pendant que les travaux se poursuivaient sur l’autre partie du bâtiment.

Pour l’école maternelle, le phasage était encore plus délicat. Les travaux ont été organisés salle par salle pendant les petites vacances scolaires : Toussaint, Noël, hiver et printemps. Chaque période de quinze jours devait permettre de rénover rapidement une classe, refaire les plafonds, installer les réseaux de ventilation et remplacer les menuiseries.

Une enveloppe performante, adaptée à chaque situation

Rénover un bâtiment passif ne consiste pas à appliquer une solution unique partout. Le projet de Jules Verne illustre au contraire l’importance de choisir le bon matériau au bon endroit, en fonction du bâtiment existant, du budget, des contraintes de chantier et des conditions de mise en œuvre.

Isoler la toiture avec de la ouate de cellulose

En toiture, de grands plénums ont permis d’insuffler une épaisseur importante de ouate de cellulose. Cette solution présentait plusieurs avantages : un bon niveau de performance thermique, un impact environnemental limité et un coût raisonnable.

L’objectif était d’atteindre une résistance thermique proche de 9 m².K/W, avec environ 35 à 40 cm d’isolant. Dans une rénovation passive, la toiture est souvent l’un des postes les plus simples à renforcer, à condition de disposer d’un volume suffisant.

Utiliser le bois et la laine de bois dans les parties neuves

Les extensions ont été réalisées en ossature bois avec de la laine de bois. Une variante en paille avait été étudiée, mais elle n’a pas été retenue pour des raisons économiques liées à l’épaisseur nécessaire de l’ossature.

Le projet reste néanmoins cohérent avec une logique de matériaux biosourcés, notamment grâce à l’usage du bois et de la fibre de bois dans les nouvelles parties du bâtiment.

Composer avec les contraintes de l’existant

Sur les murs existants en béton, l’isolation thermique par l’extérieur a associé laine de bois et laine de roche selon les zones.

La laine de roche a été retenue dans certains cas pour répondre à des contraintes de budget et de sécurité incendie, notamment sur les parties à plusieurs niveaux. Ce choix rappelle qu’une rénovation écologique ne consiste pas à appliquer une recette idéale, mais à arbitrer intelligemment entre performances, faisabilité, coût, sécurité et impact environnemental.

Isoler un vide sanitaire très bas

Le vide sanitaire constituait l’un des points les plus complexes du projet. Avec seulement 60 cm de hauteur, il était impossible d’y faire intervenir des personnes dans des conditions satisfaisantes pour projeter un isolant.

La solution retenue a donc été un polyuréthane projeté par robot. Ce matériau est plus carboné que les isolants biosourcés, mais il répondait ici à une contrainte forte de sécurité et d’accessibilité.

C’est un exemple important : dans un projet réel, l’objectif n’est pas de chercher une pureté théorique. Il s’agit de réduire au maximum les impacts tout en assurant une mise en œuvre fiable, durable et respectueuse des conditions de travail.

Des menuiseries locales compatibles avec le passif

Toutes les fenêtres ont été remplacées par des menuiseries bois-aluminium fabriquées localement.

Ce choix permet de combiner les qualités du bois côté intérieur avec la protection de l’aluminium côté extérieur. L’aluminium agit comme une peau protectrice, tandis que le bois reste le matériau principal de la fenêtre.

Le projet montre aussi qu’il n’est pas indispensable de recourir uniquement à des produits officiellement certifiés passifs. Ce qui compte est de pouvoir justifier précisément les performances thermiques de la menuiserie, du vitrage et du cadre.

Pour atteindre le niveau passif, il faut surtout connaître les caractéristiques réelles des produits mis en œuvre et les intégrer correctement dans le calcul global du bâtiment.

Géothermie et rafraîchissement : tirer parti de la fraîcheur du sol

Le groupe scolaire est équipé d’une pompe à chaleur géothermique sur sondes sèches. Plusieurs forages permettent de récupérer la température relativement stable du sous-sol.

En hiver, cette solution couvre les faibles besoins de chauffage d’un bâtiment très performant. En période chaude, elle permet aussi d’apporter de la fraîcheur avec une consommation très réduite.

Le fonctionnement est particulièrement intéressant dans un bâtiment passif : les besoins de chauffage étant faibles et ponctuels, la ressource géothermique est peu sollicitée. Le sol conserve donc une température assez stable d’une saison à l’autre.

Le projet a aussi tiré parti des radiateurs existants, initialement très dimensionnés. Utilisés à basse température, ils deviennent compatibles avec la pompe à chaleur géothermique. En été, une eau légèrement rafraîchie peut circuler dans ces radiateurs pour apporter un léger effet de refroidissement, sans descendre à des températures susceptibles de créer de la condensation.

Ce n’était pas une demande initiale du programme, mais une manière ingénieuse de valoriser l’existant.

L’étanchéité à l’air : la leçon majeure du chantier

Le retour d’expérience le plus précieux de cette rénovation passive concerne sans doute l’étanchéité à l’air.

Dans un bâtiment passif, les tests intermédiaires sont fondamentaux. Ils doivent être réalisés au moment où la couche étanche est encore visible et accessible. C’est à ce stade que les défauts peuvent être corrigés facilement, avant la pose des doublages et des finitions.

Or, dans cette école rénovée progressivement, le phasage salle par salle a rendu cette étape plus difficile. Il n’était pas possible de tester chaque pièce isolément de manière simple, car les zones n’étaient pas toujours étanches entre elles.

Le test final a révélé une fuite importante liée à une ancienne gaine déposée, qui mettait en communication l’enveloppe étanche avec le vide sanitaire. La recherche a pris plusieurs jours et a nécessité d’ouvrir un mur en plaque de plâtre pour traiter définitivement le problème.

Pour identifier la fuite, l’équipe a notamment utilisé de la fumée. Une méthode simple mais efficace, rendue plus agréable par l’usage de fumée parfumée : menthe ou barbe à papa. Avant même de voir la fumée, les intervenants pouvaient parfois repérer son odeur et se rapprocher de la zone concernée.

La leçon est claire :

  • prévoir les tests d’étanchéité à l’air dès la conception du phasage chantier ;
  • réaliser des tests intermédiaires au bon moment ;
  • rendre la couche étanche lisible pour toutes les entreprises ;
  • détailler précisément les raccords et les points singuliers ;
  • ne pas attendre les finitions pour rechercher les fuites.

Une école plus confortable et un air intérieur mieux maîtrisé

Quelques années après la livraison, les retours des enseignants et de la collectivité sont très positifs.

Les enfants bénéficient d’une école rénovée, plus agréable et plus confortable. Les enseignants apprécient particulièrement l’amélioration du confort thermique, en hiver comme en été.

Le projet fait aussi l’objet d’un suivi de la qualité de l’air intérieur. Dans les salles rénovées, la ventilation est dimensionnée autour de 30 m³/h par élève. L’objectif est de maintenir le taux de CO₂ sous des niveaux compatibles avec de bonnes conditions d’apprentissage.

Julien Rivat souligne l’écart avec certaines salles de classe anciennes ou peu ventilées, où les concentrations de CO₂ peuvent fortement augmenter. Lorsque les fenêtres sont remplacées par des menuiseries plus étanches sans qu’une ventilation adaptée soit installée, on peut améliorer l’isolation tout en dégradant la qualité de l’air.

C’est pourquoi une rénovation performante doit toujours associer plusieurs dimensions :

  • isolation thermique ;
  • étanchéité à l’air ;
  • ventilation adaptée ;
  • gestion des apports solaires ;
  • protections contre la surchauffe ;
  • accompagnement des usagers.

Les stores automatisés ont d’ailleurs nécessité un temps de pédagogie. Certains enseignants pouvaient être surpris de les voir se fermer alors que la température intérieure restait agréable. Mais leur rôle est d’anticiper les apports solaires avant que le bâtiment ne commence à surchauffer.

Dans un bâtiment passif, la technique fonctionne d’autant mieux que les occupants comprennent son fonctionnement.

Construire passif, un acte de liberté

Pour Julien Rivat, le bâtiment passif représente une forme de liberté : celle de moins consommer, de moins dépendre des ressources fossiles et de réduire les dépenses énergétiques sur le long terme.

Cette vision dépasse largement la seule performance thermique. Elle interroge notre rapport à l’énergie, aux ressources, à l’autonomie et au rôle du bâtiment dans les transformations écologiques à venir.

Le passif n’est pas une contrainte qui empêcherait de concevoir de beaux projets. Il peut au contraire devenir une grille de lecture fertile pour imaginer des bâtiments mieux orientés, plus confortables, plus sobres et plus cohérents avec leur environnement.

La rénovation de l’école Jules Verne le démontre : même dans un bâtiment existant, même en site occupé, même avec des contraintes techniques et budgétaires fortes, il est possible de viser très haut.

Le plus important reste de penser le projet dans son ensemble, d’anticiper les détails, de suivre le chantier avec rigueur et de ne jamais oublier la finalité première : offrir aux occupants un lieu où il fait bon vivre, apprendre et travailler.

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