Peintures écologiques

Peintures écologiques, le grand greenwashing?

Le poste peinture est souvent celui que l’on se réserve dans un projet de construction ou de rénovation. Il est ludique, simple (en apparence) et gratifiant (c’est la touche finale des travaux !). Pourtant, dans la plupart des cas l’utilisation de peintures est loin d’être neutre pour l’environnement et pour soi-même. Découvrez dans cet article comment éviter le piège du greenwashing, comment choisir une peinture écologique et saine, quels sont leurs avantages et leurs bienfaits, et quels sont les secrets de la peinture aux super-pouvoirs !

“Et un peu de sucre en poudre !”

La composition d’une peinture relève d’une véritable recette de cuisine. Pour limiter les risques, il est indispensable de savoir reconnaître lorsque cette composition ressemble à celle du “pudding à l’arsenic” d’Astérix et Cléopâtre Winking smile ! En effet, depuis l’avènement de la pétrochimie, une multitude de molécules synthétiques nocives se sont immiscées dans la recette d’origine, qui jusqu’à récemment (le milieu du XXème siècle), était élaborée à partir de matières premières exclusivement naturelles.

Les premières peintures…

Elles datent d’il y a au moins 15000 ans. Argiles de couleur, poudre de charbon et graisse animale étaient alors utilisées, avec un résultat tout à fait remarquable. Pour ma part j’ai découvert les fresques murales des grottes de Lascaux sur le tard et j’ai été totalement fasciné par les couleurs, les formes, le respect des proportions, et la qualité du travail accompli au fond d’une grotte sans lumière stable ni modèle devant les yeux. Je recommande ainsi vivement la visite du Centre International de l’Art Pariétal Lascaux IV si vous en avez l’occasion. 

…et celle d’aujourd’hui

Mais revenons-en à notre pudding. Une peinture se compose principalement d’une charge (couleur, texture, aspect), d’un liant (sorte de colle pour fixer la charge au support) et d’un diluant (fluidifie le tout pour en faciliter l’application). Aujourd’hui on y ajoute aussi un ou des adjuvant(s) pour en améliorer les propriétés (séchage, brillance, odeur, résistance aux UV, conservateurs…).  On retrouve alors tout un tas d’ingrédients peu recommandables : composés organiques volatils (COV), formaldéhyde, phtalates, hydrocarbures aromatiques, alkydes, éthers de glycol… Ces substances se retrouvent dans l’air ambiant lorsque la peinture sèche et sont alors inhalées par les occupants. Leur toxicité est aujourd’hui connue et avérée. Elles peuvent provoquer des irritations (voies respiratoires, yeux, nez), des dysfonctionnements du système immunitaire, des allergies, des problèmes de fertilité, et dans certains cas des cancers.

Les peintures “écologiques”

Dans ce contexte il est alors salvateur de se tourner vers des peintures plus écologiques. Heureusement, certains fabricants développent des gammes de peintures plus vertueuses pour la santé de la planète et la nôtre. Vous l’aurez compris, l’objectif est de limiter l’usage de composés issus de la pétrochimie et de favoriser au maximum les ingrédients naturels.

Tout d’abord, il faut bannir les peintures “synthétiques” que ce soit en phase solvant ou même en phase aqueuse (dite “peinture à l’eau”). Cette dernière offre l’avantage de pouvoir rincer les pinceaux à l’eau plutôt qu’au white spirit, mais c’est bien le seul.

Des peintures naturelles

Privilégiez plutôt les peintures dites naturelles. Il en existe plusieurs types : peintures minérales, peinture à la chaux, peinture à la caséine, badigeon de chaux, peinture à l’huile naturelle…

Pour les choisir, vous pouvez rechercher celles bénéficiant des labels Natureplus ou Öko-Test “sehr gut”, gage de qualité et d’engagement dans le respect de l’environnement (production, matière première renouvelable, interdiction de composés à risque). Les autres labels, et notamment les très répandus Ecolabel européen et NF Environnement sont très peu exigeants, se contentant bien souvent de respecter simplement la norme européenne. Lorsqu’il n’y a pas de label, visez une peinture affichant un taux de COV de moins de 1g/l. En effet le seuil le plus strict de la norme européenne donnant droit à l’étiquette A+ (“très faibles émissions”) est de 30g/l maximum, mais on peut trouvé beaucoup mieux. Les peintures naturelles sont encore peu présentes dans les grandes surfaces de bricolage, donc tournez-vous vers des magasins spécialisés. Vous aurez en plus des conseils précis sur la mise en œuvre de ces produits. Pour les plus motivés, et pour avoir le contrôle total sur sa composition, tentez l’aventure de la fabrication maison pour vos peintures et enduits ! Pour cela, je vous conseille le Guide de l’habitat sain et naturel des éditions Terre vivante. Vous y apprendrez comment faire vos propres peintures écologiques et plein de conseils pour aménager, décorer et entretenir votre maison.

Quand la peinture va, tout va

La surface de murs et de plafonds dans une maison représente entre 3 et 4 fois la surface de planchers. Aussi, le type de peinture appliquée sur les murs et les plafonds joue alors un rôle essentiel dans la qualité sanitaire et environnementale de la maison. D’autant plus qu’il n’est pas rare de repeindre sa maison au bout de quelques années. Ainsi, le bilan environnemental de la fabrication de peinture varie beaucoup en fonction du type choisi (et de la couleur !). Par exemple, la couleur blanche est bien souvent obtenue à partir de dioxyde de titane, dont le process de fabrication est très énergivore et polluant (utilisation de chlore, extraction du minerai uniquement dans certaines zones de la planète, ressource non renouvelable et non recyclable une fois transformée en poudre). Le recours à des pigments locaux (craie, blanc de Meudon par exemple) peut-être une solution alternative intéressante.

Bien aérer sa maison

Pour garantir un impact le plus faible possible, il est important de prendre quelques précautions également lors de la mise en œuvre. En effet, les polluants présents dans la peinture sont libérés dans l’air ambiant lors du séchage. Il est alors indispensable d’aérer grandement les pièces pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines si vous le pouvez. Noter à ce sujet que l’on réalise les tests permettant de quantifier la quantité de COV émis par une peinture au bout de 28 jours… Il est également nécessaire de vider les pièces pendant cette période car les polluants se fixent sur les textiles et les bois ce qui empêchent de les évacuer.

Les bienfaits des couleurs

Une peinture apporte bien sûr une couleur définie à une pièce. Le choix de la couleur appropriée est propre à chacun mais nous sommes tous réceptifs aux couleurs. Celles-ci ont un effet biologique et psychique (émotion, sensation, humeur…). Ainsi on constate généralement que :

  • Le jaune favorise la créativité
  • Le vert tranquillise
  • Le rouge excite
  • L’orange motive
  • Le bleu et le violet invite à la spiritualité
  • Le blanc purifie, rend plus gai

Les pigments naturels offrent une large palette de couleurs, qui s’adaptent très bien à la décoration intérieure d’une maison. Ainsi on utilise :

  • Des ocres (roche à base d’argile), de la terre de Sienne pour les rouges, bruns, jaunes, oranges
  • De la terre verte ou de la poudre de marbre pour les verts
  • De l’ocre grise pour les gris et les noirs
  • Du blanc de Meudon ou d’Espagne (et autres craies) pour les blancs
  • Il n’existe pas de terres colorantes pour les bleus, on utilise alors des minéraux et des oxydes minéraux naturels (lapis-la-zulis, azurite).

Les teintes obtenues à partir de ces pigments naturels sont généralement moins vives que les couleurs synthétiques (vous n’aurez pas de fluo par exemple). Elles sont en revanche douces et se marient parfaitement avec les matériaux naturels et bruts de votre maison.

La peinture aux super-pouvoirs

Isolante, dépolluante, invisible, fluorescente, phosphorescente, climatisante, les super-pouvoirs attribués aux peintures semblent sans limite ! Ces propriétés sont bien réelles, mais leur efficacité en dehors des laboratoires et leur intérêt restent à démontrer. La peinture dépolluante utilise par exemple la photocatalyse : le matériau (dioxyde de titane) absorbe les ultraviolets qui dégradent les composés organiques par oxydation. La peinture “isolante” contient des matériaux en céramique qui réfléchissent les rayons infra-rouges qui transportent la chaleur. Celle-ci ne pénètre pas dans la maison lorsque la peinture est utilisée à l’extérieur, ou à l’inverse la chaleur ne sort pas lorsqu’on l’applique à l’intérieur. A noter qu’en aucun cas ce type de peinture peut remplacer une vraie isolation.

En outre, ces peintures sont loin d’être naturelles évidemment. Elles utilisent pour la plupart des nanoparticules dont l’impact sur la santé est méconnu, mais on s’interroge tout de même sérieusement sur leur rôle en tant que perturbateurs endocriniens notamment. Mieux vaut donc éviter d’accueillir ce type de matériau chez soi. Et de toute façon, si vous faîtes les choses bien, vous n’aurez ni besoin de dépolluer votre air, ni de le rafraîchir ! 

Plus noir que noir Winking smile

Et pour l’anecdote, sachez qu’il existe une peinture plus noir que noir (on n’arrête pas le progrès Winking smile ) ! Elle a la propriété d’absorber 99,965% de la lumière visible ce qui rend les reliefs “invisibles”. Une surface peut paraître un trou et vice-versa. Cette couleur, appelée Vantablack est une marque déposée propriété de l’artiste britannique Anish Kapoor.

Les alternatives aux peintures

On l’a vu, la peinture écologique idéale n’existe pas. Même s’il existe des solutions plus écologiques et plus saines que les cocktails vendus en grande surface, elles ont néanmoins quelques inconvénients : choix de couleurs plus restreint, conditions d’application strictes, disponibilité et accès au produit réduit. Parfois, il peut alors être intéressant de se tourner vers un mode constructif et des choix de revêtement ne nécessitant pas de peintures de finition.

Pour cela, tous les matériaux bruts et naturels conviennent. La pierre, la brique, les panneaux de bois, la terre crue offrent des solutions avantageuses. Bien souvent cela permet de mobiliser l’inertie du matériau afin de réguler la température intérieure. En plus, cela enlève une prestation à réaliser dans votre projet, que vous saurez apprécier après des semaines / mois de chantier !

Finalement, la peinture c’est un peu comme l’énergie, la meilleure c’est celle qu’on ne consomme pas Winking smile !

Pour aller plus loin

Vous trouverez ci-après une liste de ressources qui peuvent vous être utiles. 

Si cet article vous a plu, et que vous pensez qu’il peut être utile à l’un de vos proches, partagez-le autour de vous ! Si vous avez une remarque ou une question, laissez-moi un commentaire en bas de cette page ! 

Enfin, si vous souhaitez appliquer dès aujourd’hui des actions simples pour améliorer votre maison et votre confort de vie, téléchargez le Petit Manuel du Robinson via l’un des formulaires présents sur le site. Vous serez également informé dès la publication d’un nouvel article. 

Merci d’être arrivé jusqu’ici 🙂 et à très vite pour un nouvel article ! 

Ressources

Partager l'article:
  •   
  •   
  •   
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
Articles liés
Il n'y a pas d'autres articles directement liés à ce sujet. Dîtes-moi dans les commentaires sur quel sujet vous voudriez qu'un nouvel article soit publié.

Cliquez ici pour laisser un commentaire

Recevez gratuitement le Petit Manuel du Robinson :)