Paillourte : auto-construction bois-terre-paille – avec David Mercereau (1ère partie)

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Je reçois David Mercereau pour parler de l’auto-construction de sa paillourte, une maison ronde en bois-terre-paille !

Parce que la maison est un abri, un lieu intime, parfois un miroir, mais aussi un lieu d’inspiration et de ressources, aujourd’hui je vous emmène dans la Case de David Mercereau.

Après plusieurs années en yourte, David décide de construire une nouvelle maison pour lui, sa compagne et leur fille de 1 an.

Ce nouvel habitat, ce sera une paillourte, une maison ronde en bois, terre et paille. 

David décide de la construire lui-même avec l’aide de quelques bénévoles lors de chantiers participatifs. 

C’est à la fois une aventure humaine très riche faite de partage et de rencontres mais aussi très stressante et fatigante. 

Comme souvent avec mes invités, on a longtemps échangé avec David et j’ai donc décidé de faire 2 épisodes pour vous transmettre l’intégralité de notre conversation.

Dans cette première partie, David évoque la genèse du projet et les détails de la construction. 

Fondations, murs en paille, charpente réciproque, dalle en terre, vous saurez tout de la composition de la paillourte.

Dans la seconde partie à découvrir dans le prochain épisode, David raconte pourquoi il a choisi un poêle de mini-masse pour se chauffer, pourquoi il n’a volontairement pas l’eau courante dans sa douche et comment il a géré les galères du chantier et de l’auto-construction. 

Merci à David pour son partage sans filtre sur la construction de sa paillourte, je vous souhaite une bonne écoute !

Notes de l’épisode

Pour contacter David : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

  • Agir Low-Tech Mini-masse
  • AFPMA : Association Française du Poêle Maçonné Artisanal
  • Livre : Pôeles de masse Éditions Terre Vivante

Crédits photos : ©Gwendal Le Ménahèze / La Maison écologique, David Mercereau

“Le savoir n’est rien s’il n’est pas partagé.”

Résumé de l’épisode

1) Qu’est-ce qu’une paillourte ?

Une maison ronde inspirée de la yourte, mais construite en paille

David définit simplement la paillourte : “une yourte, mais en paille”. Le terme recouvre une réalité variable, car la mise en œuvre dépend énormément des autoconstructeurs. Il insiste sur un point : dans ces milieux, il y a autant de techniques que d’autoconstructeurs. La constante, c’est la forme et l’intention : une maison ronde, inspirée des yourtes, mais construite avec des matériaux d’éco-construction — notamment la paille et la terre.

L’intérêt n’est pas que folklorique : la forme ronde, la lumière zénithale, le sentiment d’espace, la circulation d’air, la tolérance aux erreurs… tout cela devient des arguments concrets. La paillourte de David s’inscrit donc dans une continuité : conserver le meilleur du vécu en yourte (lumière, compacité, simplicité), tout en passant à une enveloppe plus durable et plus confortable, avec de l’inertie et une meilleure gestion thermique.


2) Pourquoi choisir la paille, la terre et le bois ?

Matériaux locaux, logiques low-tech, et sobriété avant tout

David explique son attirance pour la paille par des raisons écologiques mais aussi pragmatiques : c’est un matériau agricole, disponible “dans le champ d’à côté”, qui permet d’isoler fortement avec une énergie grise faible. La terre, elle, apporte l’inertie, la régulation et une cohérence globale avec un projet low-tech. Le bois, enfin, est utile structurellement, mais David cherche à en utiliser “le moins possible”, par souci de cohérence : moins de matière, moins de coupe, moins d’impact.

Il nuance d’ailleurs un point important : construire “écolo” en bois peut devenir paradoxal si cela alimente des monocultures comme le Douglas, au détriment de la biodiversité. Le message est clair : ce n’est pas la matière “verte” en soi qui sauve un projet, c’est la quantité, la logique d’ensemble, et la recherche de sobriété.

Cette sobriété se retrouve partout : petit habitat plutôt que grand, matériaux de réemploi (tuiles concassées issues de la ruine), utilisation de la pierre présente sur place, et choix techniques acceptant l’imperfection.


3) Du sol au toit : la composition complète de la paillourte

Fondations, soubassement, murs en paille porteuse, enduits terre, toiture végétalisée

3.1 Fondations : pierre et chaux, une base “cyclopéenne”

Le projet démarre avec ce que le terrain offre : des pierres issues des anciens murs. David réalise des fondations en pierre, type cyclopéennes, posées dans une tranchée. La technique est exigeante (surtout en tranchée), mais elle limite l’achat de matériaux. Ils jointoient à la chaux, par sécurité, même si certaines fondations traditionnelles peuvent être en pierre sèche. Là encore, David assume une approche “semi-débutante mais sécurisée”.

3.2 Soubassement : pierre ponce + liège, contre humidité et pont thermique

Au-dessus, il utilise des blocs de pierre ponce (roche volcanique), peu capillaires et un peu isolants, jouant le rôle de ceinture périphérique pour limiter les remontées capillaires et permettre la pose des bottes de paille hors sol. Il ajoute du liège pour réduire le pont thermique en périphérie, car le soubassement est en contact avec la dalle.

3.3 Hérisson isolant : Misapor (verre cellulaire)

Sous la dalle, il met du Misapor (verre cellulaire recyclé), à la fois drainant, non capillaire et isolant. David explique l’idée de capillarité avec une image simple (le sucre et le café). Le Misapor sert de hérisson : il empêche l’eau de remonter, tout en laissant l’eau s’évacuer et en limitant les pertes thermiques.

3.4 Dalle en terre crue : un choix d’inertie… avec vigilance sur l’humidité

La dalle principale est une dalle en terre crue (avec une zone cuisine en tomette). La terre apporte inertie et confort, mais David est très prudent : vivant en zone humide (marais), il refuse d’ajouter de la paille dans la dalle pour éviter un risque majeur : la mérule, champignon destructeur se nourrissant de cellulose. Il a connaissance de cas de maisons en paille envahies à cause d’une dalle terre-paille. Le scénario est terrifiant pour une maison paille, car les traitements classiques consistent à retirer et brûler : impossible ici.

Il réalise donc un “béton de terre” :

  • première couche (environ 7 cm) : terre + sable + gros cailloux
  • finition : terre plus fine, sans gros cailloux
  • protection : après tests (huiles, produits), il retient la tempera (mélange œuf + huile de lin + pigments) qui imperméabilise, permet de laver, et reste réparable : un “poc” se rebouche, on remet un coup, et cela s’intègre.

3.5 Murs : paille porteuse “Nebraska”, posée sur champ

Le cœur du projet, c’est la paille porteuse (technique Nebraska) : pas d’ossature bois porteuse. Le toit repose sur les bottes de paille, posées en quinconce, cousues / brochées. Particularité : David pose les bottes sur champ (choix osé) plutôt qu’à plat, et surtout… il ne met pas de lisse haute. Ce choix n’est possible, selon lui, que grâce au rond : la charge de toiture se répartit uniformément, il n’y a pas d’angles à renforcer, ce qui répond mieux aux contraintes sismiques (chaînages, renforts d’angles). La forme ronde devient ici un avantage structurel majeur.

Autre bénéfice inattendu : la charpente vient “se lover” dans la paille, ce qui évite les triangles compliqués à remplir à la main (paille peu dense) et améliore la continuité de l’isolation.

3.6 Enduits : terre à l’intérieur, terre-chaux à l’extérieur

Les murs sont enduits :

  • intérieur : enduit terre
  • extérieur : enduit terre + chaux (avec finitions terre/paille/sable puis terre/paillettes + chaux)
    À l’intérieur, une peinture à l’argile éclaircit.

3.7 Charpente réciproque en bois rond (châtaignier)

La charpente est un point fort : charpente réciproque en bois rond (châtaignier). Chaque perche fait environ 7 mètres, section autour de 15 cm, et pèse une centaine de kilos. Le bois rond a, selon David, plusieurs avantages :

  • résistance mécanique supérieure à section équivalente
  • moins de déchets (pas de sciage)
  • possibilité de poser vert, car le fil du bois n’est pas rompu : il fissure en séchant, mais se déforme moins dangereusement que du bois scié
    Et surtout : coût imbattable. David annonce environ 8 euros la perche livrée, soit moins de 300 euros pour 24 perches — grâce à un approvisionnement local (petit taillis, producteur de piquets).

Il évoque un revers : apparition de vrillettes, rappel que le “naturel” implique aussi des compromis et de la surveillance.

3.8 Toiture végétalisée : EPDM, paille en toiture, drainage de réemploi

David choisit une toiture végétalisée, sans que ce soit son choix “chouchou” initial, notamment à cause de l’EPDM (matériau technique, non “du champ d’à côté”). Mais la logique globale l’y amène.

Composition (de l’intérieur vers l’extérieur) :

  • voliges (douglas scié) + badigeon chaux (éclaircir)
  • pare-vapeur
  • bottes de paille en toiture
  • EPDM (étanche vapeur, donc pare-vapeur nécessaire en amont)
  • géotextile tissé (issu du recyclage textile) anti-érosion / anti-racines
  • 4 cm de tuiles concassées (réemploi de la ruine) : couche drainante
  • 1 cm de terre + plantes récupérées chez des voisins

Il assume une végétalisation “mince” : peu de terre, donc ça grille l’été, mais l’effet acoustique est excellent (grêle amortie), et la pente est choisie par cohérence climatique (proximité Bretagne, éviter le “plat” qui inquiète). Les plantes s’installent de manière spontanée, par prélèvements et diffusion naturelle.


4) Lumière, ouvertures et confort : le rôle du clocheton

Lumière zénithale sans surchauffe : apprendre de la yourte

Comme en yourte, David veut une lumière zénithale, très appréciée au quotidien : on allume plus tard, l’espace est baigné de lumière. Mais il corrige un défaut vécu : le dôme vitré de la yourte était redoutable en confort d’été. Dans la paillourte, le clocheton est donc conçu avec des fenêtres verticales (sauf au nord) et une petite toiture en tuiles. Une fenêtre est ouvrante pour la ventilation estivale.

Il note malgré tout un point faible : moins d’isolant dans le clocheton (10–15 cm de laine de bois) que dans la paille, mais bien meilleur qu’une bulle vitrée. Sur l’acoustique, le résultat est “royal” avec la toiture végétalisée.

David fait aussi un choix d’efficacité d’autoconstructeur : uniformiser les menuiseries. Il installe uniquement des portes-fenêtres pour simplifier conception et pose, et pour maximiser lumière et circulation dans une petite surface. Mais il partage un retour d’expérience utile : une porte-fenêtre utilisée comme porte d’entrée vieillit moins bien (charnières, usage intensif).


5) Le chantier : 13 mois, 100 bénévoles, une aventure humaine et physique

Chantiers participatifs : énergie, transmission… et fatigue

David détaille le chantier : un an et un mois de travaux effectifs, à temps plein. Sa compagne participe 6 à 8 mois, puis part en formation. Le chantier participatif est ouvert 4 mois sur le gros œuvre, avec environ 100 personnes différentes : certaines un jour, d’autres une semaine, d’autres régulièrement sur plusieurs semaines. Pour une petite maison, certaines tâches ne se prêtent pas au collectif (électricité, plomberie en 40 m² : trop rapide, trop serré).

Le bilan est ambivalent et très vrai :

  • énorme énergie : quand des gens arrivent, on se lève, on avance
  • valorisation : les bénévoles sont impressionnés, enthousiastes
  • mais chronophage : mêmes questions qui reviennent, gestion humaine constante

David insiste : le chantier participatif est aussi une logique de transmission. Il rend ce qu’il a reçu en participant lui-même à d’autres chantiers auparavant.

Il partage des scènes marquantes :

  • orages pendant les fondations, bâchage agricole “roots”
  • participants sous la pluie, douche dehors, puits qui déborde, ambiance “jacuzzi”
  • l’EPDM très lourd (environ 300 kg) monté collectivement “à la manière des Égyptiens”, de bras en bras
  • une journée “folklore” autour de la dalle : accordéon, danse, damage symbolique, clin d’œil aux traditions (même si la dalle est coulée)

6) Le choix du rond : plus simple, plus robuste, plus économe

Tolérance aux erreurs et logique structurelle

Dans le quiz, David répond sans hésiter : rond. Selon lui, le rond “sauve la vie” sur chantier : plus tolérant aux faux aplombs, aux petites erreurs. Une maison carrée aurait été plus critique, notamment aux angles. La forme ronde répartit uniformément les charges, améliore le comportement sismique, et simplifie la cohérence d’ensemble quand on travaille avec des matériaux bruts et vivants.

Il ajoute trois arguments forts :

  • les habitats “primitifs” sont souvent ronds (tipis, yourtes) car plus simples avec des matériaux bruts
  • à surface égale, le rond a environ 11% de périmètre en moins qu’un carré : donc moins de murs, moins de matériaux, moins de déperditions
  • sur de petites surfaces, le ressenti d’espace est meilleur ; il pense qu’il n’aurait pas supporté un carré de 40 m²

Il précise toutefois qu’il n’est pas dans un discours ésotérique : il parle surtout de circulation d’air, d’usage, de confort concret.


7) La sobriété : petite maison, limites assumées, critique du “solutionnisme”

“C’est la taille qui compte”

L’un des messages les plus puissants de l’épisode porte sur la sobriété. David choisit “petite maison” plutôt que “grande maison écologique”, et va jusqu’à dire qu’une petite maison en parpaing peut être plus écologique qu’une grande maison “verte”, parce que la taille conditionne :

  • la quantité de matériaux
  • le coût global
  • l’entretien
  • et surtout le chauffage, premier poste de dépense énergétique domestique

Il critique certains médias “écolos” qui montrent encore des maisons très grandes. Pour lui, le projet environnemental se joue dans la contrainte : on ne vivra pas sans limites, donc apprendre à réduire est central. Les panneaux solaires n’effacent pas la facture écologique : ils déplacent les impacts (ressources, extraction). Il a des panneaux… mais au sol, et insiste sur l’idée : réduire la consommation est le vrai sujet.


8) Neuf ou rénovation : la tension entre bon sens et performance

La rénovation est “la plus maline”, mais la performance du neuf est plus facile

David répond “rénovation” au quiz : il y a beaucoup de bâti existant à sauver. Il reconnaît pourtant une difficulté : atteindre les mêmes niveaux de performance thermique qu’en neuf est complexe. Il évoque des pistes enthousiasmantes, notamment la rénovation en paille (ITE paille sur maison en pierre), qui pourrait offrir un confort thermique exceptionnel (isolation + inertie). Il cite aussi les évolutions dans le monde paille : solutions adaptées à l’urbain et à la rénovation, comme la paille hachée insufflée.

Cette partie montre bien un dilemme fréquent : l’idéologie “rénovation d’abord” se heurte parfois à la réalité technique… mais David ne renonce pas : il considère que c’est là que les efforts doivent se concentrer.


Conclusion : une paillourte comme manifeste d’habitat cohérent

Au fil de l’échange, la paillourte de David apparaît comme bien plus qu’un choix esthétique. C’est un objet cohérent, né de contraintes (législation, terrain, ruine, budget, fatigue) et porté par une vision : faire petit, faire simple, faire local, et assumer des matériaux vivants. La maison ronde en bois, terre et paille devient une réponse pragmatique à des questions essentielles : comment se loger sans exploser son empreinte ? Comment construire sans industrialiser ? Comment apprendre, transmettre, et tenir sur la durée ?

Le récit met aussi en lumière la réalité de l’autoconstruction : aventure humaine incroyable, énergie collective, mais aussi solitude parfois, épuisement, et besoin de projets tolérants à l’erreur. Dans cette logique, la forme ronde, la paille porteuse, les enduits terre et la toiture végétalisée forment un ensemble “souple”, cohérent avec les capacités humaines et les limites du chantier.

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