Lutter contre le mal-logement – Les Compagnons Bâtisseurs

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Je reçois Alexandre Lagogué, le directeur général des Compagnons Bâtisseurs, une association qui oeuvre contre le mal-logement et la précarité énergétique en réalisant des chantiers de rénovation avec la participation des habitants. 

J’ai voulu donner la parole à Alexandre car malheureusement, avec plus de 3 millions de personnes en situation de mal-logement en France, l’action des Compagnons Bâtisseurs est essentielle et vitale pour beaucoup. 

L’accès à un logement digne est la base pour pouvoir prétendre à un travail, une vie sociale, une vie familiale ou encore à l’éducation des enfants. 

C’est donc un épisode très important, je vous invite à le partager pour alerter sur ce sujet du mal-logement au plus grand nombre. 

Merci à vous !

Épisode diffusé dans le cadre du podcasthon un événement international qui met en avant des associations d’intérêt général en leur donnant la parole dans des podcasts.

Notes de l’épisode

Pour contacter Alexandre et les Compagnons Bâtisseurs : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

Les citations mentionnées par mon invité : 

“La solidarité est un chantier à partager.”

“Faire, faire avec et faire ensemble.”

Crédits photos : ©Elodie RATSIMBAZAFY / ANCB

Compagnons Bâtisseurs
Compagnons Bâtisseurs
Compagnons Bâtisseurs

1. Une association historique au service de la dignité des habitants

Une naissance dans le contexte de l’après-guerre

Les Compagnons Bâtisseurs sont nés en 1957, dans un contexte encore marqué par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, de nombreuses familles manquent de logements décents ou vivent dans des habitats détruits ou très dégradés. L’association se construit alors autour d’un principe simple mais puissant : la solidarité par l’entraide. Des bénévoles s’organisent pour aider les familles à reconstruire ou améliorer leurs logements.

Alexandre rappelle que cet ADN originel est toujours au cœur du mouvement : il s’agit depuis près de 70 ans de militer pour la dignité des personnes et la dignité des logements. Cette continuité historique montre que, même si le contexte a changé, la question du logement reste aujourd’hui un enjeu social majeur.

Un réseau national ancré dans les territoires

Le mouvement des Compagnons Bâtisseurs est aujourd’hui organisé en plusieurs entités régionales, présentes en métropole comme en Outre-mer. Cette implantation permet d’agir au plus près des besoins, dans des contextes très différents, mais avec une même philosophie : accompagner les habitants les plus fragiles dans l’amélioration de leur habitat.

L’association ne se limite pas à des travaux. Elle intervient aussi sur :

  • l’insertion socioprofessionnelle,
  • la cohésion sociale,
  • le bien-vivre ensemble,
  • l’engagement des jeunes à travers le service civique et le volontariat.

Chaque année, environ 150 jeunes volontaires participent aux actions du réseau, ce qui montre que le projet est aussi un lieu d’apprentissage citoyen et de transmission.

Points clés

  • Les Compagnons Bâtisseurs existent depuis 1957.
  • L’association est née de la solidarité d’après-guerre.
  • Sa mission centrale reste la même : agir pour la dignité des habitants à travers le logement.
  • Le mouvement est présent dans plusieurs régions de France et en Outre-mer.
  • Son action mêle habitat, accompagnement social, insertion et engagement citoyen.

2. Le mal-logement : un problème massif aux effets multiples

Une réalité toujours très forte en France

Alexandre insiste sur l’ampleur du problème : le mal-logement touche encore aujourd’hui un nombre très important de personnes. Il rappelle que les ménages modestes et très modestes occupent souvent les logements les plus vétustes, avec des conséquences très lourdes sur leur quotidien.

Au-delà des chiffres, il souligne un point essentiel : le logement est souvent synonyme d’exclusion sociale et économique. Lorsqu’une personne vit dans un habitat dégradé, froid, insalubre ou peu sécurisé, cela affecte bien plus que son confort matériel. Cela agit en cascade sur la vie sociale, la santé, l’éducation des enfants, l’insertion professionnelle et même l’estime de soi.

La précarité énergétique, une réalité souvent sous-estimée

L’un des thèmes forts de l’épisode est la précarité énergétique. Alexandre évoque les millions de personnes concernées, tout en estimant que les chiffres officiels restent probablement en dessous de la réalité vécue. Il rappelle que certaines personnes ne se chauffent tout simplement pas, ou regroupent toute la famille dans une seule pièce chauffée, faute de moyens.

Il apporte une nuance importante : la précarité énergétique ne se résume pas à un ratio budgétaire. Elle se vit aussi dans le ressenti, dans l’impossibilité concrète d’accéder au confort minimal, à l’eau chaude, à une température supportable, à une vie normale dans son logement.

Des impacts sur tous les aspects de la vie

Le logement dégradé agit sur de nombreux domaines :

  • la santé, car vivre dans le froid ou l’humidité a des effets directs ;
  • la vie familiale, quand tout le monde se retrouve dans une seule pièce ;
  • l’éducation, quand les enfants ne peuvent pas travailler correctement ;
  • la vie sociale, quand on n’ose plus inviter quelqu’un chez soi ;
  • la capacité à se projeter, quand toute l’énergie mentale est absorbée par des conditions de vie dégradées.

Points clés

  • Le mal-logement reste un phénomène massif en France.
  • Les ménages les plus pauvres sont les plus exposés.
  • Le logement dégradé entraîne une exclusion sociale, économique et relationnelle.
  • La précarité énergétique ne concerne pas seulement les factures, mais aussi le vécu.
  • Les effets du mal-logement touchent la santé, l’éducation, la vie sociale et familiale.

3. L’auto-réhabilitation accompagnée : le cœur du modèle

Faire avec les habitants, et non à leur place

Le principe central des Compagnons Bâtisseurs est l’auto-réhabilitation accompagnée. Cette approche repose sur une idée forte : les habitants ne sont pas seulement bénéficiaires des travaux, ils en sont acteurs. Ils participent à la rénovation de leur logement, avec l’appui des professionnels de l’association, de leur entourage, de bénévoles et parfois de jeunes volontaires.

Alexandre insiste sur le fait que cette participation doit être librement consentie. Il ne s’agit pas d’imposer une implication, mais de construire une démarche conjointe, respectueuse du rythme et de la situation des personnes.

Une démarche à la fois technique, humaine et pédagogique

Les habitants réalisent eux-mêmes une partie des travaux, mais jamais seuls. Les professionnels des Compagnons Bâtisseurs sont là pour :

  • sécuriser les gestes techniques,
  • transmettre des savoir-faire,
  • organiser le chantier,
  • mobiliser un collectif autour de l’habitant,
  • garantir la durabilité des interventions.

Cette démarche a donc une forte dimension pédagogique. Elle s’inscrit dans les principes de l’éducation populaire : apprendre en faisant, retrouver confiance, découvrir ses capacités, reprendre prise sur son environnement.

Tous types d’habitants, tous types de travaux

L’association intervient aussi bien auprès de :

  • propriétaires occupants,
  • locataires du parc privé,
  • locataires du parc social,
  • et parfois même de personnes dans des situations foncières complexes, notamment en Outre-mer.

Les travaux peuvent être très variés :

  • embellissement,
  • peinture,
  • adaptation du logement,
  • sécurisation électrique,
  • petits dépannages,
  • isolation,
  • amélioration énergétique,
  • parfois interventions plus lourdes en contexte exceptionnel.

Points clés

  • L’auto-réhabilitation accompagnée place l’habitant au centre du chantier.
  • Les travaux sont réalisés avec un accompagnement professionnel.
  • L’objectif est autant technique qu’éducatif et social.
  • Cette méthode permet de transmettre des compétences et de restaurer la confiance.
  • Les interventions concernent aussi bien les locataires que les propriétaires.

4. Des actions de proximité adaptées aux territoires

Les ateliers de quartier et le travail dans le parc social

Dans certains territoires, notamment dans les quartiers prioritaires ou en renouvellement urbain, les Compagnons Bâtisseurs mettent en place des ateliers de quartier. Ces dispositifs permettent d’agir à plusieurs niveaux :

  • petits travaux dans les logements,
  • animations collectives,
  • prêts d’outils,
  • ateliers de bricolage,
  • information sur les droits et devoirs des locataires,
  • amélioration du vivre ensemble.

L’idée est de créer une présence de proximité, visible et accessible, qui favorise la rencontre entre habitants et la reprise en main des espaces de vie.

Le Bricobus : aller vers les habitants

Pour les zones rurales ou les territoires où les personnes sont plus éloignées des services, l’association développe aussi des dispositifs itinérants comme le Bricobus. Ce mode d’action permet d’aller vers des ménages isolés, parfois très éloignés des dispositifs classiques, et de repérer des situations de mal-logement qui resteraient autrement invisibles.

Le Bricobus incarne une logique importante dans l’épisode : ne pas attendre que les personnes viennent demander de l’aide, mais aller à leur rencontre.

L’intervention en contexte post-catastrophe

Alexandre évoque aussi des interventions plus exceptionnelles, notamment à Saint-Martin après l’ouragan Irma, et à Mayotte après des événements climatiques. Dans ces cas, les Compagnons Bâtisseurs retrouvent une fonction très proche de leur origine historique : participer à la reconstruction dans une logique de solidarité.

Même si la place de l’habitant y est différente sur les travaux lourds, l’association continue d’impliquer les personnes dans la préparation, l’organisation et la remise en état du logement.

Points clés

  • L’association agit au plus près des habitants grâce à des dispositifs territoriaux.
  • Les ateliers de quartier favorisent les travaux, l’autonomie et le lien social.
  • Le Bricobus permet d’identifier des ménages éloignés ou invisibles.
  • Les Compagnons Bâtisseurs interviennent aussi après des catastrophes naturelles.
  • L’approche reste toujours fondée sur la proximité et la solidarité.

5. Un modèle économique hybride pour rendre les travaux possibles

Des financements croisés

La question financière est évidemment centrale. Alexandre explique que les Compagnons Bâtisseurs fonctionnent avec un modèle économique hybride, combinant :

  • financements publics,
  • aides sociales,
  • participation des bailleurs sociaux,
  • soutiens privés,
  • dons de particuliers et d’entreprises,
  • participation symbolique des habitants.

Chaque opération repose sur un montage spécifique selon le type de chantier et le public concerné.

Une participation des habitants à la fois symbolique et importante

Même lorsque les ménages ont très peu de moyens, une participation leur est souvent demandée, notamment sur une petite part des matériaux. Cette contribution reste limitée et adaptée à leurs capacités. Elle est importante non pas pour équilibrer économiquement l’opération, mais pour reconnaître la place active de l’habitant dans le projet.

Alexandre insiste aussi sur une autre forme d’apport : l’apport en industrie, c’est-à-dire le temps, l’énergie, la participation concrète de l’habitant sur le chantier. Cette contribution est valorisée comme un élément central du projet.

Le rôle clé des dons et des matériaux

Les dons de la générosité publique servent directement à financer les interventions sur les chantiers. Alexandre précise que 100 % des dons collectés sont fléchés vers l’action de terrain, notamment à travers un fonds travaux qui permet de réduire le reste à charge des ménages.

Les dons matériels jouent aussi un rôle important :

  • outillage,
  • matériaux neufs,
  • surplus de chantier,
  • fins de stock.

Pour organiser cela, plusieurs régions ont développé des plateformes de réemploi et de collecte, avec un double objectif :

  • éviter le gaspillage,
  • rendre les travaux plus accessibles aux ménages précaires.

Points clés

  • Les Compagnons Bâtisseurs reposent sur un financement hybride.
  • Les habitants participent selon leurs capacités.
  • Les dons financiers servent directement aux chantiers.
  • Les dons de matériaux réduisent fortement le coût des travaux.
  • Les plateformes de collecte créent un lien entre solidarité et lutte contre le gaspillage.

6. Le chantier comme outil d’émancipation

Bien plus qu’un chantier de rénovation

L’un des messages les plus forts de l’épisode est que le chantier n’est jamais seulement un chantier. Il devient un levier d’émancipation personnelle et sociale. En rénovant leur logement, les habitants reprennent confiance, retrouvent une capacité d’action, redécouvrent des compétences, et parfois rouvrent une porte sur l’extérieur.

Alexandre explique que les équipes des Compagnons Bâtisseurs deviennent parfois un tiers de confiance. Le fait d’entrer dans le logement, d’y revenir, d’y travailler avec la personne, crée une relation humaine forte. Petit à petit, l’habitant se remet en mouvement.

Des transformations concrètes dans la vie des personnes

Plusieurs exemples illustrent cela. L’un des plus marquants est celui d’un habitant qui témoigne : “Depuis que les Compagnons Bâtisseurs sont passés chez moi, je me lave.” Cette phrase très simple dit tout. Elle montre que l’intervention sur le logement permet parfois de rétablir des gestes élémentaires de dignité, de santé et de vie sociale.

D’autres situations montrent qu’isoler une seule pièce ou remettre un minimum de chauffage peut déjà transformer profondément le quotidien d’une famille. Parfois, il ne s’agit pas encore de régler tout le problème, mais de créer une première amélioration concrète qui redonne espoir et ouvre vers un projet plus global.

Des effets induits nombreux

Les effets du chantier dépassent largement la rénovation :

  • amélioration de la santé,
  • reprise de confiance,
  • réouverture sociale,
  • envie de se former,
  • rencontre avec les voisins,
  • meilleure parentalité,
  • meilleures conditions d’étude pour les enfants,
  • réappropriation du logement.

Le chantier devient alors un support pour faire société, retisser du lien et réinscrire la personne dans une dynamique collective.

Points clés

  • Le chantier est un levier d’émancipation et pas seulement un acte technique.
  • Les habitants retrouvent confiance et autonomie.
  • L’intervention crée une relation humaine forte.
  • Les effets sont visibles sur la santé, la vie sociale, la parentalité et l’insertion.
  • Même des travaux modestes peuvent produire de grands effets.

7. Les métiers, les défis et la vision portée par l’association

Des professionnels au cœur du dispositif

Alexandre rend hommage aux deux métiers centraux de l’association :

  • les animateurs techniques, qui encadrent les travaux et accompagnent les habitants sur le chantier ;
  • les animateurs habitat, qui assurent le lien social, le diagnostic, l’orientation et la coordination de l’accompagnement.

Ce sont eux qui rendent possible cette approche complète, à la fois technique et humaine.

Un besoin de changement d’échelle

Face à l’ampleur du mal-logement, Alexandre reconnaît qu’il reste énormément à faire. L’association réalise déjà environ 12 000 interventions par an, du petit dépannage au chantier plus conséquent, mais cela reste modeste au regard des besoins nationaux.

Les Compagnons Bâtisseurs sont engagés dans une logique de changement d’échelle, tout en restant prudents. Ils veulent se développer sans perdre leur capacité à assurer des accompagnements de qualité.

Une situation qui appelle une reconnaissance plus forte

L’association fait face, comme beaucoup d’acteurs du monde social, à des tensions sur les financements publics. Pourtant, Alexandre rappelle combien leur action est essentielle : de plus en plus de territoires et d’habitants sollicitent leur intervention.

Le défi est donc double :

  • continuer à consolider les moyens d’action,
  • faire reconnaître plus largement l’importance du logement comme sujet central de dignité humaine et de cohésion sociale.

Points clés

  • Les animateurs techniques et habitat sont au cœur de l’action.
  • L’association cherche à se développer sans perdre sa qualité d’intervention.
  • Les besoins sont bien supérieurs aux capacités actuelles.
  • Les financements restent un enjeu majeur.
  • Le logement devrait être reconnu davantage comme un levier essentiel de justice sociale.

Conclusion

Cet épisode met en lumière une conviction profonde : agir sur le logement, c’est agir sur toute la vie des personnes. À travers les Compagnons Bâtisseurs, Alexandre Lagogué montre que la rénovation de l’habitat ne se résume pas à des murs, des fenêtres ou de l’isolation. Elle touche à la dignité, à la santé, à la confiance, à l’inclusion sociale et au pouvoir d’agir.

L’originalité et la force de l’association résident dans ce principe du “faire avec” : ne pas intervenir à la place des habitants, mais les associer, les accompagner, les remettre en mouvement. Le chantier devient alors un espace de solidarité, d’apprentissage et de transformation humaine.

Au fil de l’épisode, Alexandre rappelle aussi que ces situations de mal-logement sont loin d’être marginales. Elles concernent encore des millions de personnes. Dans ce contexte, l’action des Compagnons Bâtisseurs apparaît non seulement utile, mais profondément nécessaire. Leur slogan, cité en fin d’entretien, résume bien leur philosophie : “La solidarité en chantier à partager.” Une formule simple, qui dit à la fois leur histoire, leur méthode et leur ambition.

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