Maison en paille en auto-construction – avec Aymeric Prigent (2ème partie)

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2ème volet de ma conversation avec Aymeric Prigent pour parler de l’auto-construction de sa maison en paille.

Parce que la maison est un abri, un lieu intime, parfois un miroir, mais aussi un lieu d’inspiration et de ressources, aujourd’hui je vous emmène dans la Case d’Aymeric Prigent.

Aymeric est ingénieur, spécialisé dans la construction paille. Après une expérience de construction en Amérique du Sud, il décide de se reconvertir et de se consacrer pleinement à la réalisation de projet d’éco-construction avec des matériaux bio-sourcés et notamment de la paille. 

Il participe ainsi au développement de la filière paille en France pour encadrer son usage et définir les règles de construction. 

On a longtemps échangé avec Aymeric et j’ai donc décidé de faire 2 épisodes pour vous transmettre l’intégralité de notre conversation.

Dans le premier épisode, à retrouver dès maintenant sur La Case Robinson si vous ne l’avez pas encore écouté, Aymeric raconte avec de nombreux détails pourquoi la paille est un excellent matériau pour la construction de bâtiments écologiques, confortables et performants. 

Il présente aussi les techniques de construction et répond aux idées reçues qui circulent autour de ce matériau encore méconnu de la plupart des professionnels du bâtiment. 

Dans cette seconde partie, Aymeric présente la maison qu’il a autoconstruite et réalisée en paille.

Vous le verrez, construire en paille présente de nombreux intérêts et n’est pas plus compliqué lorsqu’on intègre les bons réflexes en conception et lors de la mise en oeuvre. 

Un grand merci à Aymeric pour ce partage pointu sur la paille et ses utilisations, je vous souhaite un très bon épisode !

 

maison-paille
autoconstruction paille
mur enduit paille

Résumé de l’épisode

  • Maison en Paille : Retour d’Expérience et Conseils d’un Ingénieur Spécialisé

    La construction paille n’est plus une niche réservée à quelques passionnés marginaux. Elle est aujourd’hui une solution technique de pointe, performante et validée par des ingénieurs. Dans cet article, nous revenons en détail sur les enseignements d’Aymeric Prigent, ingénieur en construction et expert de la paille, qui partage sans filtre son expérience d’autoconstructeur et de professionnel.

    Du choix du chauffage à la gestion de l’eau, en passant par les erreurs à éviter lors d’une autoconstruction, voici un guide complet pour réussir votre projet de maison en paille.

    1. Le Confort Thermique dans une Maison en Paille : Changer de Paradigme

    L’un des premiers chocs lorsque l’on s’intéresse à une maison en paille bien conçue, c’est la remise en question totale des systèmes de chauffage conventionnels.

    L’Effet « Thermos » : La Fin du Besoin de Distribution de Chaleur

    Dans une maison conventionnelle mal isolée, la question du transfert de chaleur est centrale : comment amener la chaleur du salon vers les chambres froides ? On compte souvent sur la ventilation pour cela.

     

    Aymeric Prigent est formel : ce raisonnement est obsolète pour une construction paille performante.

    • Homogénéité : Il compare la maison à un « Thermos ». L’isolation est telle (souvent R > 7) que la température est homogène partout.

    • L’expérience du terrain : Même dans des maisons de plain-pied de grande longueur (12 mètres entre le poêle et la chambre), l’écart de température constaté est minime (environ 2 degrés), même portes fermées.

    • La cloison vs Le Mur Extérieur : La déperdition thermique à travers une cloison intérieure est ridicule comparée à celle d’un mur extérieur mal isolé. Une fois la « coque » extérieure performante réalisée grâce à la botte de paille, la chaleur se répartit naturellement.

    Le Cas Particulier de la Salle de Bain

    Faut-il chauffer toute la maison à 22°C pour avoir chaud sous la douche ? C’est un non-sens écologique et économique.

    • La stratégie du point chaud : Le confort dans une salle de bain (22-23°C) est un besoin ponctuel (environ 1 heure par jour).

    • La solution Low-Tech : Un simple sèche-serviette électrique est la réponse la plus rationnelle. Il permet de monter la température rapidement, uniquement quand c’est nécessaire, sans surchauffer le reste de l’habitation.

    2. Le Chauffage : Rationalité Économique vs Résilience

    Le choix de l’émetteur de chaleur dans une maison en paille très performante est un sujet qui divise souvent les thermiciens et les habitants.

    Pourquoi la Pompe à Chaleur est (souvent) une Erreur

    Dans une maison passive ou très basse consommation, les besoins de chauffage sont si faibles que l’investissement dans des systèmes complexes devient non rentable.

    • Le coût caché : Installer une pompe à chaleur à 15 000 € pour gagner quelques points de COP (Coefficient de Performance) est impossible à rentabiliser quand la facture annuelle de chauffage est dérisoire.

    • L’approche minimaliste : Un simple radiateur électrique (« grille-pain ») acheté 10 € sur Leboncoin suffit techniquement. Le coût d’installation est nul et l’entretien inexistant.

    Le Choix du Poêle de Masse (Poêle à restitution lente)

    Pourtant, Aymeric a fait le choix « irrationnel » économiquement du poêle de masse (ou Rocket Stove maçonné). Pourquoi ?

    • Le problème du poêle à bois classique : Dans une maison en paille très isolée, un poêle classique (même petit de 4-5 kW) crée une surchauffe immédiate. On monte à 23°C en 2 heures, on ouvre les fenêtres, puis la température retombe. C’est l’effet « yoyo ».

    • L’avantage de la masse : Le poêle de masse absorbe l’énergie de la flambée (une grosse flambée vive par jour) et la restitue doucement par rayonnement pendant 24 heures. Cela lisse la courbe de température.

    • La résilience et l’autonomie : Au-delà du chauffage, ce choix répond à un besoin de sécurité. En cas de coupure d’électricité ou de crise majeure, le poêle permet de se chauffer et de cuisiner (four, plaque de cuisson). C’est un outil de survie autant qu’un chauffage.

    Note technique : Aymeric utilise un « Mini-Masse ». Plus léger qu’un poêle de masse traditionnel (plusieurs tonnes), il offre un compromis intéressant avec un peu de convection directe (via la plaque de cuisson) et une grande inertie.

    3. Gestion de l’Eau et Assainissement Écologique

    Une approche holistique de l’habitat écologique ne se limite pas aux murs. La gestion de l’eau est cruciale.

    La Phytépuration et les Toilettes Sèches

    L’assainissement autonome par les plantes (phytépuration) est souvent privilégié dans ces projets.

    • Réduire la charge à la source : L’utilisation de toilettes sèches n’est pas obligatoire mais réduit drastiquement la consommation d’eau potable et la taille nécessaire du bassin de phytépuration.

    • Adaptabilité : Si vous préférez des toilettes à eau, le système fonctionne aussi, il devra simplement être dimensionné en conséquence.

    La Récupération d’Eau de Pluie

    L’objectif est l’autonomie partielle ou totale :

    • Stockage en cuve (souvent au sous-sol ou enterrée).

    • Système de filtration poussé pour réinjecter l’eau dans le réseau domestique (lave-linge, toilettes, voire douche selon la législation et les systèmes).

    4. La Technique du GREB : Rapidité et Efficacité

    La construction paille traîne parfois une réputation de lenteur. Aymeric Prigent déconstruit ce mythe avec une anecdote frappante sur la technique du GREB.

    Le Défi : Un Bâtiment en 24 Heures

    Pour prouver l’efficacité de la préfabrication et de l’organisation, une équipe a réalisé un atelier de 34 m² en une seule journée (sur une dalle existante).

    • Le Processus : Montage de l’ossature bois, remplissage des bottes de paille, coulage du mortier GREB (mélange sciure/chaux/ciment/sable coulé banché).

    • Le Résultat : En 24 heures, les murs étaient montés et la moitié de la charpente posée.

    • La Leçon : Ce qui rend la construction paille longue, c’est souvent la mauvaise gestion des phases. La technique GREB, qui permet de monter la structure, l’isolant et le contreventement simultanément, est extrêmement compétitive face à des techniques classiques (comme le parpaing + isolant).

    5. Les 3 Conseils d’Or pour les Autoconstructeurs

    Fort de son expérience d’accompagnateur et de formateur, Aymeric livre trois conseils vitaux pour quiconque souhaite se lancer dans l’autoconstruction d’une maison en paille.

    Conseil N°1 : Visez Petit (Vraiment Petit)

    C’est la cause numéro 1 des échecs, des abandons et des drames familiaux : la folie des grandeurs.

    • La règle de l’unité de vie : Ne construisez pas la maison de vos rêves tout de suite. Construisez le « nécessaire et suffisant ».

    • La stratégie de l’extension : Concevez une « boîte » de 50m² (ex: un rez-de-chaussée fonctionnel) où vous pourrez vivre une fois le gros œuvre fini. L’étage ou les extensions viendront plus tard.

    • La réalité du chantier : On finit souvent par vivre dans une caravane ou un mobil-home pendant 3 ans. Avoir une petite maison finie rapidement est un luxe inestimable pour le moral.

    Conseil N°2 : Formez-vous (C’est un Investissement)

    Ne voyez pas la formation comme une dépense.

    • Le calcul est simple : Une formation à 300 ou 500 € peut vous faire économiser 10 000 € d’erreurs sur le chantier.

    • Les organismes recommandés : Approche Paille, Atelier du Zéphyr (poêles), Oxalis, etc.

    • Le gain : Vous gagnez en compétence technique, mais surtout en capacité de décision et d’achat.

    Conseil N°3 : Faites des Chantiers Participatifs (Twiza)

    La formation théorique ne suffit pas. Il faut se confronter au réel avant de signer son propre permis de construire.

    • Le test physique et mental : Participer à un chantier (via des plateformes comme Twiza), c’est découvrir la fatigue, le froid, la logistique (faire à manger pour 15 personnes), la gestion humaine.

    • La validation du projet : C’est le moment de vérité où l’on se dit « Je suis capable » ou « Ce n’est pas pour moi ». C’est aussi là qu’on décide quelles tâches on gardera pour soi (ex: isolation paille) et quelles tâches on déléguera (ex: fondations, fenêtres).

    6. Bibliographie et Ressources Indispensables

    Pour aller plus loin dans votre projet de construction paille, voici les ouvrages de référence recommandés par Aymeric Prigent :

    • Les Règles Professionnelles de la Construction Paille (RFCP) : La « Bible » technique. Indispensable pour comprendre les normes, les assurances et la technique pure.

    • Construire en paille avec la technique du GREB (Approche Paille) : Le guide pratique « pas à pas » pour cette technique spécifique.

    • La Construction en Paille (Luc Floissac) : Idéal pour une vision macro, comprendre les enjeux physiques et thermiques (attention, les données économiques datent d’avant 2012).

    • À paraître (Éditions du Moniteur) : Le prochain livre d’Aymeric Prigent et Frédéric Cousin, qui fera la synthèse technique et économique actuelle du secteur.

    Conclusion : Planter l’Avenir

    La construction d’une maison en paille est plus qu’un choix technique, c’est un acte d’engagement. Comme le rappelle Aymeric en citant une pensée spirituelle : « Si la fin du monde arrive et que vous avez une pousse d’arbre dans la main, plantez-la. »

    Que ce soit pour l’efficacité énergétique, la résilience face aux crises ou simplement le confort de vie, construire en paille est une manière de « planter » quelque chose de sain et de durable, quelles que soient les incertitudes de demain.

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