Habitat participatif et écovillage – avec Audrey Gicquel

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Je reçois Audrey Gicquel pour parler d’habitat participatif et de comment inventer de nouvelles façons de vivre ensemble !

Parce que la maison est un abri, un lieu intime, parfois un miroir, mais aussi un lieu d’inspiration et de ressources, aujourd’hui je vous emmène dans la Case d’Audrey Gicquel.

Audrey est la co-fondatrice de l’habitat participatif Les Choux Lents.

Un lieu de vie inédit près de Lyon où les générations se côtoient au quotidien et expérimentent d’autres façons de faire communauté. 

Passionnée par les sujets d’éco-lieu et de vivre ensemble, Audrey partage son retour d’expérience de plus d’une décennie engagée dans la création et l’animation de collectifs. 

Choix du lieu, éco-rénovation, gouvernance partagée, gestion des conflits, mais aussi propriété individuelle et vie privée, on aborde avec Audrey tous les sujets qui se posent au sein d’un habitat participatif. 

Vous le verrez, Audrey raconte avec joie les bons moments mais aussi les obstacles et les étapes difficiles dans ce parcours atypique où tout est à imaginer et à construire.

Une chose est sûre, elle a ne changerait ce mode de vie pour rien au monde, et se lance même dans un nouveau projet encore plus ambitieux, créer une communauté de 150 personnes pour, je cite, “grandir en conscience et faire émerger une nouvelle civilisation”. 

Loin du repli sur soi, Audrey voit ces expériences comme des laboratoires pour imaginer un monde meilleur, au service de tous. 

J’ai adoré cette conversation, j’espère que ce sera votre cas également en découvrant cet épisode. Bon écoute !

Notes de l’épisode

Pour contacter Audrey : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

“Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”

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Résumé de l’épisode

  • Habitat participatif : vivre ensemble, rénover autrement et créer du commun (retour d’expérience d’Audrey Gicquel)

    L’habitat participatif attire de plus en plus de personnes qui cherchent à conjuguer logement, écologie, solidarité… et une forme de joie collective. Pourtant, quand on commence à se renseigner, on tombe vite sur des sujets très techniques : montage juridique, prêt bancaire, permis de construire, travaux, assurances, gouvernance.

    Dans cet échange avec Audrey Gicquel, co-fondatrice de l’habitat participatif Les Choux-Lents (près de Lyon) et autrice de Les clés de l’habitat participatif, on comprend que le vrai cœur du sujet est ailleurs : un habitat participatif, c’est à la fois un lieu de vie et un collectif — et il faut construire les deux en parallèle.


    Habitat participatif : définition simple (et officielle)

    Bonne nouvelle : l’habitat participatif a une définition dans la loi (loi ALUR, 2014). Audrey la résume ainsi :

    • Des citoyens se réunissent pour imaginer, concevoir et gérer leur logement ensemble,

    • avec des espaces individuels (logements privés) et des espaces communs (pièces, outils, jardins, véhicules…).

    Dit autrement : ce n’est ni une colocation classique, ni une copropriété classique. C’est un projet où l’on co-produit son cadre de vie.

    Habitat participatif, habitat groupé, éco-lieu, oasis… quelles différences ?

    Dans la pratique, les mots varient selon les contextes :

    • Habitat participatif : terme juridique / citoyen, souvent axé logement + gouvernance.

    • Habitat groupé : terme plus “générique”, parfois moins cadré sur la méthode de décision.

    • Éco-lieu / oasis : peut inclure d’autres dimensions (accueil, agriculture, activités économiques, stages…), parfois plus rural, parfois plus “projet de territoire”.

    Mais le point commun reste le même : créer du commun sans effacer la vie privée.


    Le piège classique : croire que tout est une affaire de technique

    Audrey insiste sur un biais très fréquent :

    “Souvent, les gens pensent l’habitat participatif de manière extrêmement technique : montage juridique, financier… Mais c’est aussi important de savoir qu’on va faire la fête ensemble.”

    C’est un rappel essentiel : un habitat participatif fonctionne rarement “par miracle” grâce à un bon statut juridique. Il fonctionne parce que les habitants ont su construire :

    • une raison d’être claire,

    • une cohésion,

    • une manière de communiquer et de décider,

    • et une culture commune du quotidien (entraide, rituels, règles légères, confiance).


    Les 4 piliers du collectif selon Audrey

    1) Communiquer “de manière authentique”

    Vivre ensemble, ce n’est pas juste “travailler ensemble” : on se croise, on se voit, on se ressent. D’où l’importance d’apprendre à :

    • exprimer ce qu’on vit réellement,

    • clarifier ses besoins,

    • éviter l’accumulation de non-dits.

    Certaines approches utiles :

    • communication non-violente (CNV),

    • communication bienveillante,

    • pratiques d’écoute active,

    • médiation (y compris avec les enfants, Audrey en parle dans son quotidien).

    2) La gouvernance : comment on décide

    Qui décide ? Comment ? À quel rythme ? Avec quel cadre ?

    Au démarrage, c’est un vrai chantier. Ensuite, c’est un outil de stabilité. Les collectifs qui “tiennent” dans le temps ont souvent :

    • des espaces réguliers de décision (réunions),

    • des rôles (référents, groupes de travail),

    • un cadre clair pour les tensions (gestion des conflits).

    3) La gestion de projet

    Audrey le dit sans détour : la phase de création peut être “plus rigoureuse qu’une entreprise”.

    Exemple vécu : aux Choux-Lents, au démarrage, c’était une réunion par semaine (3h) + un week-end par mois, sur une période où tout devait être construit : vision, lieu, montage, plans, permis, travaux.

    4) Le socle : raison d’être + “le nous”

    La raison d’être tient en 1 à 3 phrases : c’est la boussole.

    Celle des Choux-Lents (de mémoire, formulée ainsi dans l’échange) :

    un lieu de vie, de partage, de culture, “graines de possible pour une transition écologique”, régi par l’intelligence collective.

    Et “le nous” ? C’est ce qui fait qu’on ne part pas chacun dans son coin. Audrey utilise une image simple : les oiseaux migrent dans la même direction (objectif), mais ce qui les fait voyager ensemble, c’est la cohésion.


    Les Choux-Lents : un habitat participatif près de Lyon (13 ans de vie, 8 ans de travaux)

    Le retour d’expérience d’Audrey est précieux parce qu’il est concret, incarné, et qu’il parle autant des joies que des frottements.

    Trouver le lieu : entre idéal… et réalité

    Au départ, le groupe vise un projet urbain à Lyon. Ils trouvent même un lieu “incroyable”… mais ne sont pas retenus (concurrence de promoteurs).

    Un an plus tard, le collectif se relance : Audrey cherche… et trouve un site en périurbain :

    • maison en pierre,

    • grange en pisé,

    • fort potentiel,

    • mais changement de cap → le groupe se recompose (départs + arrivées).

    C’est une leçon clé : dans un habitat participatif, le collectif évolue. Ce n’est pas un échec ; c’est une étape normale.


    Travaux et éco-rénovation : ce qui a été fait (et pourquoi c’est inspirant)

    Les Choux-Lents ont réalisé une grande partie des travaux eux-mêmes, avec quelques interventions pro :

    • toitures,

    • chaudière,

    • planchers / cloisons structurelles,

    • drainage.

    Matériaux et isolation

    • Biosourcés : laine de chanvre, laine de bois.

    • Maison en pierre : isolation plutôt par l’intérieur (contraintes).

    • Grange : isolation possible par l’extérieur → performance supérieure.

    • Test d’étanchéité à l’air sur la grange (travail soigné, scotchs spécifiques, chasse aux fuites).

    Chauffage et énergie

    • Chaudière granulés pour l’ensemble (avec aides à l’époque).

    • Dans la maison : compromis assumés (fenêtres conservées, ventilation simple flux).

    • Projet solaire envisagé, mais freiné par contraintes patrimoniales (ABF) — anticipation via réservations.

    Terre crue et enduits

    • Ouvertures réalisées dans le pisé (apprentissage sur une première, puis autonomie).

    • Terre récupérée, tamisée, utilisée en enduits intérieurs.

    • Liberté esthétique : styles différents selon les appartements (c’est aussi ça, l’habitat participatif).

    Expérimentation low-tech

    • Plusieurs systèmes de toilettes (séparateur d’urine, toilettes sèches, etc.).

    • Approche pragmatique : expérimenter, observer, ajuster.


    Le “vivre ensemble” au quotidien : ce qui rend le projet viable (et joyeux)

    La stratégie radicale : réduire les appartements pour financer de vrais communs

    Audrey pointe un problème fréquent : beaucoup de collectifs veulent un appartement “normal” + grands communs. Résultat : budget serré → les communs deviennent minuscules, sous-utilisés.

    Aux Choux-Lents, choix inverse :

    • appartements plus petits (environ 45 à 70 m²),

    • et 45% d’espaces communs.

    Conséquence : les communs ne sont pas “anecdotiques”. Ce sont de vraies extensions de l’habitat.

    Les communs concrets (et utilisés)

    • 2 chambres d’amis,

    • salon multifonction,

    • grande salle commune (fêtes, réunions, concerts, usages pros),

    • atelier bricolage très équipé,

    • cuisine commune (cœur du lieu),

    • cellier commun,

    • flotte de véhicules partagés,

    • achats alimentaires mutualisés (bio, local).

    Cette mutualisation crée un bénéfice énorme : gain de temps et qualité de vie.


    Organisation : réunions, référents, règles… et souplesse

    Avec le temps, l’organisation se simplifie :

    • au démarrage : rythme très intense,

    • aujourd’hui : réunion toutes les 2 semaines (2h).

    Le collectif fonctionne avec :

    • des référents (ex. commandes, stocks),

    • des petits groupes (ex. intégration),

    • et une philosophie intéressante : éviter les règles inutiles.

    Audrey lâche une phrase qui résume bien l’esprit :

    “Les règles, c’est du ‘tue-l’amour’ en collectif.”

    Ils préfèrent souvent :

    • poser un cadre minimal,

    • faire confiance,

    • et ajouter une règle seulement si un vrai problème apparaît (ex. buanderie sans planning… et ça marche).


    Montage juridique : l’exemple de la SCI (avantages, limites)

    Les Choux-Lents sont en SCI :

    • tout le monde est propriétaire de tout,

    • pas de propriété individuelle par appartement.

    Avantages

    • flexibilité interne (échanger d’appartement sans notaire),

    • sentiment de “propriété collective” fort.

    Inconvénients

    • difficulté lors des entrées/sorties : un nouvel arrivant ne peut pas toujours emprunter pour “racheter” une part,

    • le collectif doit pouvoir rembourser un partant.

    Conséquence : le groupe travaille à faire évoluer son modèle vers une forme plus coopérative, avec une logique de loyers permettant davantage de fluidité.

    👉 À retenir : le montage juridique n’est pas un détail, mais il doit servir votre vision du collectif, pas l’inverse.


    Le vrai sujet caché : l’engagement inégal (et comment ne pas exploser)

    C’est un des passages les plus puissants de l’échange.

    Dans tous les collectifs, il y a :

    • ceux qui “tirent la baraque”,

    • ceux qui observent,

    • ceux qui alternent selon les périodes de vie.

    Audrey propose une lecture “systémique” : tous les rôles sont utiles.

    Autoriser les “passagers clandestins”… temporairement

    Aux Choux-Lents, ils ont vécu une période très dure (“l’hiver caillou”, chantier pénible, drainage, fatigue). Deux personnes ont demandé un retrait de 3 mois. Audrey a eu peur… et finalement, elles sont revenues requinquées.

    Le principe :

    • oui, on peut s’autoriser des phases de retrait,

    • à condition d’avoir un cadre (durée, retour, clarté).

    La “balance interne”

    Le vrai déclencheur des tensions, selon Audrey, c’est quand :

    • je donne plus que ce que ça m’apporte,

    • et je me mets à juger ceux qui donnent moins.

    Le remède : rééquilibrer sa balance, au lieu de vouloir “forcer” l’autre à s’aligner.


    Pourquoi l’habitat participatif transforme autant les personnes

    Au départ, Audrey cherchait un mode de vie écologique. Aujourd’hui, elle dit :

    “Je suis venue pour vivre ensemble de manière écologique. Maintenant je vois que ça me fait grandir, et c’est pour ça que je reste.”

    Le collectif agit comme un miroir… voire une “galerie des glaces”. Ça demande :

    • de la maturité émotionnelle,

    • de l’apprentissage,

    • et parfois, un vrai travail sur soi.

    Mais en échange, on gagne :

    • de la sécurité relationnelle,

    • de l’entraide,

    • une éducation informelle à la médiation (y compris pour les enfants),

    • et un sentiment d’appartenir à quelque chose de plus vaste que son foyer.


    Au-delà de l’habitat : quand le projet devient un laboratoire social

    Audrey raconte aussi ses visites de grandes communautés à l’étranger (dont Twin Oaks) et sa volonté de créer un projet plus ambitieux : Loutopia, une communauté visant à expérimenter d’autres rapports :

    • au travail,

    • à l’argent,

    • à l’enfance,

    • au vieillissement,

    • au vivant,

    • à la gouvernance à grande échelle.

    Même si tout le monde ne veut pas vivre ainsi, ces projets ont une utilité collective : tester des chemins, inventer des formats, ouvrir des catégories (comme l’exemple des éco-lieux qui travaillent avec les offices de tourisme pour créer une “nouvelle ligne” d’accueil).


    Checklist : se lancer dans un habitat participatif (sans se perdre)

    • Clarifier votre intention : pourquoi vous voulez ça (et pas juste “parce que c’est écologique”).

    • Travailler une raison d’être courte et partagée.

    • Construire le “nous” (rencontres, jeux, repas, fêtes, rituels).

    • Mettre en place tôt une gouvernance et une méthode de décision.

    • Prévoir une vraie gestion de projet (planning, rôles, documents, arbitrages).

    • Sécuriser le montage juridique en pensant aux entrées/sorties dès le départ.

    • Concevoir des communs réellement utilisés (sinon ils deviennent des pièces vides).

    • Anticiper la question de l’engagement variable (et normaliser les cycles).


    FAQ SEO : les questions fréquentes sur l’habitat participatif

    Un habitat participatif, c’est une colocation ?

    Non. Dans une colocation, le projet est souvent centré sur la cohabitation. Dans un habitat participatif, on co-conçoit et co-gère le lieu, souvent avec des communs importants et une gouvernance.

    Quel budget prévoir pour un habitat participatif ?

    Très variable (lieu, état du bâti, taille du groupe, niveau de travaux). Le point clé est surtout le modèle économique : comment on finance les communs, les travaux, et comment on sécurise les entrées/sorties.

    Quel statut juridique choisir ?

    Il n’existe pas un “meilleur” statut unique : SCI, coopératives, copropriété… Le bon choix dépend de votre vision (propriété individuelle vs collective, facilité de revente, emprunt, gouvernance).

    Est-ce que ça marche vraiment sur le long terme ?

    Oui, si le collectif est travaillé autant que le bâti : communication, gouvernance, gestion des tensions, clarté des engagements, et vie conviviale.


    Conclusion : l’habitat participatif, un choix de vie… et un choix de société

    Ce que raconte Audrey Gicquel, c’est qu’un habitat participatif n’est pas seulement un montage immobilier “alternatif”. C’est une façon de réinventer l’habiter : plus sobre, plus collectif, plus vivant.

    Et surtout, c’est un apprentissage : apprendre à décider, à communiquer, à doser son engagement, à se relier au territoire… et à garder de la place pour la joie.

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