Autoconstruction d’une maison bois-terre-paille-réemploi – Sarah et Julien

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Je reçois Sarah et Juline pour parler de l’autoconstruction de leur maison en bois, terre, paille et matériau de réemploi. 

Ils racontent dans cet épisode l’autoconstruction de leur maison en bois terre paille et matériaux de réemploi. 

Un projet unique qui a été primé par le Ministère de la Culture. 

On aborde toutes les étapes du projet, le choix du terrain, le mode constructif, le sourcing des matériaux, l’autoconstruction, les chantiers participatifs et les retours d’expérience après 2 années à vivre en famille dans cette maison. 

Sarah et Julien partagent avec transparence les coulisses de cette aventure, y compris la difficulté face à la complexité de l’autoconstruction et la temporalité d’un projet qui aura duré 2 ans et demi. 

Si les sujets de terre crue, paille, tomette, bois brûlé, charpente de réemploi vous intéressent, cet épisode est parfait pour vous. 

Un grand merci à Sarah et Julien de m’avoir ouvert les portes de leur maison. Très bonne écoute !

Notes de l’épisode

Pour contacter Julien et Sarah : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

  • Professionnel-les ayant participés au projet : Anne Claire Pâris, Eddy Fruchard, Stéphane Montagne, Maryline Le Goff
  • Bellastock, Cycle Up, Maisons Paysannes de France 

“L’important ce n’est pas l’arrivée, c’est le chemin.”

Crédits photos : Julien Djian / La Case Robinson

Maison bois terre paille : le récit d’une auto-construction familiale en matériaux de réemploi

Dans cet épisode de La Case Robinson, Sarah et Julien racontent avec beaucoup de sincérité la conception, l’auto-construction et la vie quotidienne dans leur maison bois terre paille en Charente-Maritime. Leur projet ne se limite pas à une maison écologique : c’est aussi une aventure humaine, familiale et technique, menée sur plus de deux ans avec des matériaux naturels, du réemploi, des chantiers participatifs et une vraie réflexion sur le confort, la sobriété et le sens du bâti.

Le résultat est une maison de 124 m² habitables avec mezzanine, construite sur pilotis, largement ouverte au sud, bardée de bois brûlé sur une partie de ses façades, et revêtue d’enduits en terre crue sur d’autres. Mais au-delà de son esthétique, cette maison raconte une autre manière de construire : une manière plus lente, plus consciente, plus ancrée dans le territoire et dans les relations humaines.


Une maison bois terre paille née d’un changement de cap

Au départ, Sarah et Julien ne cherchaient pas à faire construire une maison neuve. Leur idée initiale était plutôt d’acheter une maison ancienne à rénover, notamment une longère en pierre, typique de la région. Mais pendant la période du confinement, ce type de bien est devenu très recherché, rendant leur projet difficile à concrétiser.

C’est finalement en visitant des terrains qu’ils tombent sur cette parcelle arborée, avec de nombreux fruitiers. Ce terrain devient un déclic. Ils y voient la possibilité de créer un lieu de vie nourricier, inséré dans son environnement, en préservant les arbres existants et l’écosystème du sol.

Ce choix du neuf n’a pourtant jamais signifié pour eux une rupture avec leurs valeurs. Bien au contraire. Puisqu’ils ne rénovaient pas une bâtisse existante, ils ont cherché à intégrer dans leur maison neuve des matériaux de réemploi, comme une manière de continuer à faire vivre des matières déjà chargées d’une histoire.

Ce qui a déclenché l’auto-construction

L’auto-construction s’est imposée progressivement. Julien venait de se reconvertir dans l’éco-construction, avec des formations sur :

  • la paille
  • la terre crue
  • le réemploi des matériaux

Issu auparavant du monde du chantier en tant qu’ingénieur travaux, il avait déjà l’habitude d’organiser, de planifier et de diriger des équipes, mais il ressentait un manque : celui de ne pas construire réellement de ses mains. Le projet de maison a donc représenté une occasion de réunir savoir-faire technique, cohérence écologique et engagement personnel.

Au départ, le couple pensait ne réaliser qu’une partie des travaux, puis l’ambition a grandi au fil du temps :

  • d’abord un peu de second œuvre
  • puis la charpente
  • puis l’ensemble du chantier
  • jusqu’à une maison réalisée quasiment de A à Z

Une maison écologique pensée autour du terrain et des matériaux

La maison a été conçue avec une architecte, en tenant compte à la fois du terrain, du climat, des ressources disponibles et des matériaux déjà trouvés ou espérés en réemploi.

Les grands choix constructifs

Le projet repose sur plusieurs principes forts :

  • respecter le terrain existant
  • éviter le béton autant que possible
  • privilégier les matériaux biosourcés
  • concevoir une maison confortable et sobre
  • intégrer le réemploi dès la conception

La maison est construite sur pieux vissés métalliques, donc sur pilotis. Ce choix permet de limiter les terrassements, d’éviter une dalle béton classique et de préserver les racines des arbres présents sur la parcelle.

La structure principale est une charpente bois, avec :

  • une isolation en bottes de paille par l’extérieur
  • une dalle bois isolée en bottes de paille
  • une toiture isolée en ouate de cellulose
  • une implantation orientée sud / sud-ouest
  • de grandes baies vitrées au sud et peu d’ouvertures au nord

Le tout compose une maison bois terre paille cohérente, à la fois bioclimatique, frugale et chaleureuse.

Une architecture intégrée au vivant

Sarah décrit la maison comme un habitat qui se niche autour des arbres. Elle insiste sur le fait qu’elle semble faire partie de son environnement direct. Cette insertion paysagère est importante : ici, la maison ne domine pas le lieu, elle s’y adapte.

On retrouve d’ailleurs cette logique dans les matériaux de finition :

  • bardage en bois brûlé
  • enduits en terre crue
  • nombreuses surfaces en bois
  • matières naturelles visibles et assumées

Terre crue, paille et bois : des matériaux locaux et vivants

L’un des grands intérêts de cet épisode est la manière très concrète dont Sarah et Julien racontent l’origine des matériaux.

Une paille sourcée localement

Ils ont cherché à utiliser des ressources au plus proche du chantier. Pour la paille, ils ont d’abord exploré la piste du champ voisin. Finalement, à cause de contraintes de format et de densité, ils ont dû élargir leur recherche, tout en restant dans un rayon d’environ 30 kilomètres.

Cette démarche illustre bien leur logique : aller vers la solution la plus locale possible, sans pour autant sacrifier la qualité de mise en œuvre.

Une terre récupérée presque sur place

Pour la terre crue, l’opportunité a été remarquable : le voisin construisait en même temps et, en creusant ses fondations, a mis au jour une importante quantité d’argile. Sarah et Julien ont récupéré cette terre pour fabriquer :

  • leurs enduits
  • leurs briques de terre crue

Ils se sont fait accompagner par Stéphane Montagne pour :

  • caractériser l’argile
  • vérifier sa qualité
  • formuler les bons mélanges
  • lancer les premiers chantiers participatifs

Ils ont ensuite gagné en autonomie pour poursuivre le travail eux-mêmes.

Une matière exigeante mais pleine de sens

La terre crue a représenté un chantier colossal :

  • environ 34 tonnes d’argile
  • 700 briques
  • environ 400 m² d’enduits sur 5 cm d’épaisseur
  • une mise en œuvre répartie sur de nombreuses sessions participatives

Ce poste, sous-estimé au départ, s’est finalement étalé sur un temps bien plus long que prévu. Mais il a aussi donné au chantier une profondeur particulière : la terre demande du temps, de la répétition, de la patience, et crée une relation très directe à la matière.


Le réemploi comme fil rouge du projet

Ce qui rend cette maison particulièrement singulière, c’est l’omniprésence du réemploi. Julien, formé sur ces questions, a mené un travail de sourcing très poussé, en passant par des plateformes, des artisans, des chantiers, des réseaux professionnels et des opportunités locales.

Des matériaux réemployés dans toute la maison

Parmi les éléments de réemploi intégrés au projet, on trouve notamment :

  • des poutres de charpente
  • une partie des menuiseries
  • un escalier ancien
  • des portes intérieures
  • du parquet ancien
  • une verrière
  • du travertin
  • des dalles de terrasse
  • des éléments de mobilier
  • des tasseaux et panneaux issus de chutes ou de surplus

Le projet ne consiste pas à faire une maison “patchwork”, mais à conserver une vraie cohérence d’ensemble. Chaque matériau récupéré est sélectionné, adapté, recoupé, parfois détourné de son usage initial, tout en restant harmonieux dans le projet architectural.

Construire autour des matériaux trouvés

L’un des aspects les plus créatifs de cette démarche est l’inversion du processus habituel. Au lieu de choisir dans un catalogue, Sarah et Julien ont souvent :

  • trouvé un matériau
  • compris ses dimensions et ses qualités
  • imaginé ensuite comment l’intégrer dans la maison

L’architecte a accepté ce fonctionnement en concevant un projet assez souple pour s’adapter aux opportunités de réemploi, quitte à prévoir des ajustements ultérieurs.

Cette approche demande :

  • de la flexibilité
  • de la capacité d’adaptation
  • de l’anticipation logistique
  • du stockage
  • un bon planning

Réemploi et mémoire des lieux

Sarah insiste sur un point très fort : tous les matériaux qui entrent dans la maison ont déjà vécu. Ils portent une histoire. C’est ce qui donne à la maison une âme particulière.

L’exemple du parquet est très marquant. En démontant un parquet ancien, ils ont trouvé un morceau de journal daté de 1937 avec un quignon de pain, probablement laissé là par un ouvrier lors de la pose. Ce simple détail donne une épaisseur temporelle au matériau. Pour eux, habiter cette maison, c’est aussi vivre entourés de toutes ces histoires.


Chantiers participatifs, couple et vie de famille : une aventure profondément humaine

L’épisode ne parle pas seulement technique. Il montre aussi combien une maison bois terre paille en auto-construction est un projet qui engage le couple, les enfants, les proches, les bénévoles et les rythmes de vie.

Une organisation millimétrée

Julien a géré le chantier avec une vraie rigueur de conducteur de travaux :

  • objectif temporel clair
  • installation sur place en mobile-home
  • anticipation des étapes
  • préparation minutieuse des sessions participatives
  • arbitrages permanents entre ambition et réalisme

Le couple s’installe sur le terrain dès juillet 2020, dépose le permis en août, l’obtient en octobre et démarre les travaux à la fin janvier suivante.

La charge mentale de l’auto-construction

Sarah raconte très bien l’intensité mentale du projet. Construire sa maison ne consiste pas seulement à poser des matériaux, mais à prendre une infinité de décisions :

  • où placer les prises
  • comment concevoir la cuisine
  • quels matériaux choisir
  • comment tenir le budget
  • comment préserver la famille
  • comment arbitrer entre confort, écologie et fatigue

Cette accumulation de micro-décisions peut devenir écrasante. Le couple a dû apprendre à :

  • communiquer différemment
  • respecter leurs fonctionnements distincts
  • ne pas entrer dans le conflit
  • trouver des compromis réalistes

La place des enfants et des proches

Avec deux jeunes enfants, le chantier s’organise autour de la vie familiale. Julien adapte ses journées au rythme scolaire, et les grands-parents viennent parfois relayer, notamment pendant les chantiers participatifs.

Ces moments partagés deviennent des souvenirs majeurs du projet. Julien évoque le temps passé avec ses parents, ses amis ou les bénévoles comme l’un des plus beaux enseignements de cette aventure.

Ce que les chantiers participatifs ont vraiment apporté

Les chantiers participatifs ont porté principalement sur :

  • la paille
  • la terre crue
  • le bois brûlé

Mais leur apport dépasse largement la main-d’œuvre. Pour Sarah et Julien, ils ont aussi apporté :

  • de l’énergie
  • des rencontres
  • de la joie
  • de la motivation
  • du lien humain

La maison garde ainsi la trace de toutes les personnes qui ont contribué à sa naissance. Elle devient un lieu habité aussi par les souvenirs du chantier.


Le confort d’une maison bois terre paille au quotidien

Après deux ans de vie dans la maison, Sarah et Julien ont déjà un recul précieux sur le confort.

Chauffage, température et hygrométrie

Julien a mis la maison sous monitoring avec des capteurs mesurant :

  • la température
  • l’humidité
  • la consommation électrique
  • le CO2 et les particules fines

Pendant un an, ils ont vécu avec de simples radiateurs électriques afin d’observer les besoins réels avant d’installer un poêle. Conclusion : un petit poêle à bûches de 4 kW suffit, là où l’étude thermique préconisait plus.

Le retour d’expérience est très positif :

  • température intérieure stable
  • confort thermique jugé exceptionnel
  • parois agréables au toucher
  • pas d’effet de paroi froide
  • bonne inertie ressentie grâce aux enduits terre

Ventilation et sobriété technique

Leur choix sur la ventilation est intéressant. Une VMC simple flux était prévue, mais n’a finalement pas été installée pour le moment. Ils ont pris le parti de :

  • ventiler naturellement
  • suivre les niveaux de CO2
  • ajuster leurs usages selon les besoins

Un simple brasseur d’air récupéré d’occasion permet aussi de mieux redistribuer la chaleur du poêle.

Eau chaude et assainissement

L’eau chaude est produite par un ballon électrique de réemploi, amélioré avec une enveloppe isolante artisanale.

Côté assainissement, ils ont renoncé à la phytoépuration classique pour aller vers la pédoépuration, associée à des toilettes sèches. Les eaux grises sont filtrées via des tranchées remplies de broyat de bois. Ce choix renforce encore la cohérence écologique du projet.


Une maison primée qui montre une autre voie pour construire

Le projet a été récompensé par le prix René Fontaine de l’association Maisons Paysannes de France, dans la catégorie bâtiment contemporain. Cette distinction souligne un point essentiel : même dans une maison neuve, il est possible de faire dialoguer techniques traditionnelles, réemploi, matériaux naturels et qualité architecturale.

Sarah et Julien montrent qu’une maison bois terre paille peut être :

  • contemporaine
  • belle
  • confortable
  • sobre
  • technique
  • poétique
  • profondément humaine

Ce que l’on retient de cet épisode

S’il fallait résumer l’enseignement principal de cet échange, ce serait peut-être celui-ci : construire autrement demande de ralentir, de s’adapter, de renoncer parfois à l’idéal absolu, mais aussi de se laisser transformer par le chemin.

Les grandes leçons du projet

  • Le terrain doit guider la conception, pas l’inverse.
  • Le réemploi demande du temps, du réseau et de la souplesse.
  • La terre crue et la paille offrent un confort remarquable, mais impliquent une vraie rigueur de mise en œuvre.
  • Le planning est décisif pour ne pas se laisser déborder.
  • L’auto-construction est autant une aventure relationnelle que technique.
  • Le chantier participatif peut devenir un formidable espace de lien humain.
  • Une maison écologique ne se fige pas : elle s’observe, s’entretient, évolue.
  • Le plus important n’est pas seulement l’arrivée, mais le chemin parcouru.

Au fond, cette maison bois terre paille n’est pas seulement un habitat performant ou inspirant. C’est une maison qui raconte qu’il est possible de bâtir avec plus de sens, plus de matière, plus de mémoire et plus de liens. C’est sans doute pour cela qu’elle dégage une telle chaleur.

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