Auto-construire sa maison et interroger son mode de vie – avec David Mercereau (2ème partie)

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Je reçois David Mercereau pour parler de l’auto-construction de sa paillourte, une maison ronde en bois-terre-paille !

Parce que la maison est un abri, un lieu intime, parfois un miroir, mais aussi un lieu d’inspiration et de ressources, aujourd’hui je vous emmène dans la Case David Mercereau.

Cette conversation fait partie d’un double épisode consacrée à la paillourte que David à auto-construite avec sa compagne. 

Dans le premier épisode, à retrouver dès maintenant sur La Case Robinson si vous ne l’avez pas encore écouté, David décrit la conception de sa paillourte du sol au toit. 

Dans cette seconde partie David partage ses choix originaux pour le chauffage et l’eau chaude, les galères de l’auto-construction et son retour d’expérience après 7 années de vie en paillourte. 

Un grand Merci à David pour ses explications détaillées, je vous souhaite une bonne écoute !

Notes de l’épisode

Pour contacter David : 

Les ressources mentionnées dans l’épisode :

  • Agir Low-Tech Mini-masse
  • AFPMA : Association Française du Poêle Maçonné Artisanal
  • Livre : Pôeles de masse Éditions Terre Vivante

Crédits photos : ©Gwendal Le Ménahèze / La Maison écologique, David Mercereau

“Le savoir n’est rien s’il n’est pas partagé.”

Résumé de l’épisode

1) Le chauffage : le poêle de masse “Minimasse” au cœur de la paillourte

Une chaleur douce, stable, et bien moins polluante qu’un poêle classique mal utilisé

David présente l’élément central du confort dans sa paillourte : un poêle de masse open source, le Minimasse, développé dans une dynamique associative (“Agir Low-Tech”, dont il fait partie). Il explique que ce poêle est dimensionné pour de petits volumes (yourtes, petites maisons, habitats en paille), et qu’il vise un usage polyvalent :

  • chauffer l’habitat
  • produire un peu d’eau chaude
  • permettre de cuisiner (plaque) et même de cuire comme un four noir (cuisson après flambée, arrivée d’air fermée : pain, plats, etc.)

1.1 Le principe : une flambée vive, puis une restitution longue

L’idée du poêle de masse est simple mais décisive : au lieu de faire couver du bois longtemps (combustion mauvaise, pollution élevée), on fait une flambée vive (environ une heure), puis le poêle restitue lentement sa chaleur pendant des heures.

David insiste sur un point de santé publique : faire brûler du bois “en sous-tirage” toute la nuit (une bûche qui couve) est une pratique à proscrire. Il rapporte une comparaison marquante : laisser une bûche couver toute la nuit serait comparable, en émission de particules fines, à faire tourner un vieux diesel toute la nuit autour du périphérique parisien. Le message est fort : ce n’est pas “le bois” le problème, c’est la qualité de combustion et le manque d’inertie dans le système (poêle + bâtiment).

1.2 Température stable : le confort le plus sous-estimé

Dans la paillourte, David observe une stabilité impressionnante :

  • en moyenne, il perd environ 1°C entre le soir et le matin
  • quand il fait très froid : 1 à 2 feux par jour, sinon un feu par jour
  • au retour d’une semaine d’absence en plein froid, la maison reste à 15°C, là où des maisons “tradis récentes” peuvent tomber à 3–4°C (selon son retour d’expérience)

Il nuance : la contrepartie d’une inertie forte, c’est qu’on remonte plus lentement (de 15 à 18°C en 2–3 jours). Mais c’est un autre monde en confort : pas de “très chaud / très froid” typique de certains poêles à convection.


2) Inertie : terre + masse chaude = confort thermique profond

Le rôle clé des enduits terre et de la dalle dans un habitat en paille

David explique très bien ce qui change tout dans une maison en paille : l’isolation est importante, mais le confort ressenti dépend énormément de la température des parois.

Dans sa paillourte, l’inertie provient de :

  • la dalle en terre (environ 7 cm + finition)
  • une grande quantité d’enduits terre sur les murs (plusieurs centimètres)

2.1 Convection vs rayonnement : pourquoi un poêle classique ne “chauffe pas la maison”

Il raconte qu’il a vécu un an avec un poêle classique : l’air montait vite à 24°C, mais les murs restaient à ~17°C. Résultat :

  • sensation de chaud immédiat près du poêle
  • mais confort fragile, car la masse (terre) ne monte pas en température
  • dès que le poêle s’éteint, la sensation de froid revient vite

Avec le poêle de masse, au contraire : la masse chaude (poêle) rayonne longtemps, réchauffe les murs en profondeur, et après deux jours de feu, les parois montent à ~20°C et restent très stables.

2.2 Le confort réel : moyenne air + parois

David rappelle une règle simple : ce que le corps ressent, c’est en partie la moyenne entre la température de l’air et celle des parois. Une maison peut afficher 20°C d’air mais rester inconfortable si les murs sont très froids (exemple typique des vieilles maisons en pierre non isolées).


3) Poids du poêle, dalle et structure : pas de renfort spécifique

Le Minimasse pèse environ 450 kg, mais David n’a pas renforcé la dalle :

  • le Misapor (hérisson) est très résistant à la compression
  • la dalle terre résiste très bien à la compression
    Cela confirme un point intéressant : dans une paillourte bien pensée, certains “gros poids” ne sont pas forcément un problème structurel si la base est cohérente.

4) L’eau chaude : un petit ballon, du thermosiphon, et une sobriété assumée

Pré-chauffage au poêle + appoint solaire/électrique… mais pas automatique

David décrit un système très “low-tech pragmatique” : un petit ballon d’eau chaude 20 litres, issu du monde camion/bateau/caravaning (formats compacts). Il est chauffé par :

  1. un serpentin en surface du poêle (circulation par thermosiphon, sans pompe)
  2. un appoint électrique… alimenté autant que possible par le photovoltaïque via routage

La philosophie est importante : il accepte qu’il y ait des jours sans eau chaude, si ni le soleil ni le poêle n’ont chauffé le ballon. Pour lui, c’est une auto-contrainte volontaire : si l’on choisit le solaire, il faut accepter l’intermittence, sinon on se raconte une histoire.


5) Photovoltaïque : de l’autonomie totale au raccordement… sans renoncer aux habitudes

Trois panneaux, faible puissance, et un discours lucide sur le “tout individuel”

David explique qu’ils ont longtemps été en autonomie électrique (héritage de la vie en yourte). Mais récemment, avec un poteau électrique proche et une installation vieillissante, il choisit le raccordement réseau, pour une raison intéressante : écologiquement, il ne croit pas qu’un futur souhaitable passe par des millions de micro-systèmes individuels (panneaux + batteries pour tous). Il considère le réseau comme un bien commun.

En revanche, l’autonomie a eu une vertu énorme : elle a forcé la sobriété. Il compare cela à un puits : quand il n’y a plus d’eau, tu adaptes tes usages. Alors qu’avec le réseau, la contrainte arrive “en fin de mois” via la facture, donc moins immédiate.

Même raccordé, il garde ses habitudes :

  • il recharge son vélo électrique uniquement quand il y a du soleil
  • sinon, il prend un vélo classique
  • il évite que le réseau compense automatiquement ses choix (ex : eau chaude)

Côté chiffres, il annonce environ 3 panneaux de 280 W (ordre de grandeur). Il évoque aussi ses consommations passées en autonomie : très faibles, très loin de la moyenne.


6) Ventilation : pas de VMC… mais une surveillance CO₂ et un discours nuancé

L’étanchéité sans ventilation est un vrai sujet

David n’a pas de VMC pour l’instant, principalement parce qu’en autonomie électrique, une consommation faible mais continue (ex : 10 W sur 24h) devenait un poste significatif. Mais il ne fait pas partie des “anti-VMC” par principe. Il critique même le rejet idéologique de la VMC : dans des maisons très étanches (comme une paillourte bien isolée), vivre sans ventilation mécanique peut signifier vivre avec un CO₂ élevé.

Il utilise un capteur CO₂ en continu et ouvre dès que les seuils montent. Il le considère comme indispensable si l’on n’a pas de VMC.

Exemples concrets :

  • portes/fenêtres ouvertes : autour de 400 ppm
  • four à gaz : montée rapide jusqu’à 2000 ppm en 20 minutes
  • une nuit à deux dans 40 m² : souvent 1500–2000 ppm si on n’ouvre pas

Il note qu’à ces niveaux, on peut ressentir gêne, maux de tête, difficulté à réfléchir. Il évoque aussi un futur possible : installer une VMC, notamment car il doit traiter localement des insectes xylophages (vrillettes), et limiter les polluants intérieurs pourrait devenir prioritaire.


7) Maintenance et compromis : le cas des vrillettes et le choix de traiter

Quand “ne pas traiter” devient un risque structurel

Dans l’esprit éco-construction, David n’avait pas traité sa charpente (cohérence “bois brut”). Mais des vrillettes apparaissent (probablement présentes dès l’origine). Le diagnostic lui dit que le risque n’est pas immédiat, mais qu’à long terme la structure pourrait être fragilisée. Il décrit le dilemme :

  • traiter = utiliser un biocide (écocide, pas agréable)
  • ne pas traiter = accepter une fragilisation progressive

Il opte pour un traitement de surface type gel (moins volatil), car la charpente porte une masse importante (bois, paille, toiture végétalisée) et il ne veut pas jouer avec la sécurité. Il évoque des solutions type “minéralisation” du bois mais reste prudent sans validation indépendante.


8) Assainissement : phytoépuration par contrainte, mais plaidoyer pour le collectif

Le “collectif” est souvent rejeté… alors qu’il est plus robuste

David n’est pas raccordé au tout-à-l’égout (zone non desservie) : il installe donc une phytoépuration roseaux classique. Mais il tient un discours très intéressant : beaucoup d’écolos dénigrent le collectif (tout-à-l’égout) alors que, pour lui, “collectif” peut être une solution plus efficace si la station derrière est bien gérée (ex : phyto collective d’un village). Il critique surtout le non-collectif mal entretenu : fosses jamais curées, installations négligées… qui finissent par polluer les nappes.

Dans son cas :

  • phyto roseaux, dimensionnement négocié (dérogation)
  • il bataille sur la taille, car sa consommation d’eau est faible
  • toilettes sèches (compostage), mais historiquement cela ne réduisait pas les obligations de dimensionnement
  • dans la phyto : eaux grises (cuisine + douche)

9) Eau et douche : la sobriété la plus radicale… et la plus efficace

Pas d’eau courante sous la douche = consommation divisée par 7

David décrit un choix emblématique : dans la paillourte, la douche se fait sans eau courante, avec bassine d’eau chaude (et gant). Pour lui, la douche est le premier poste de consommation d’eau dans le foyer, devant les toilettes. En supprimant l’eau courante sous la douche et en ayant des toilettes sèches, il obtient un résultat spectaculaire :

  • environ 18 litres par jour et par personne
  • là où le Français moyen serait autour de 130–140 L/j/pers (ordre de grandeur qu’il cite)

Il insiste : le reste des usages est “normal”, simplement sans gestes absurdes (ex : laver la voiture). Après ces gros leviers, le reste (mousseurs, petits réglages) devient marginal.

Il relie cette démarche aux projections de soutenabilité : l’idée n’est pas de moraliser mais de montrer que des gains énormes se font sur 1 ou 2 décisions structurantes.


10) Retour d’expérience après 7 ans : confort, coût, et un point faible inattendu

Chauffage ultra faible, confort excellent… mais le sol en terre est “effusif”

David est très positif sur :

  • le confort thermique global
  • la stabilité grâce au poêle de masse
  • la faible consommation de bois : environ 0,7 stère/an (ordre de grandeur)
  • donc un coût annuel très bas (ordre de grandeur “quelques dizaines d’euros” selon ses chiffres)

Mais il pointe un sujet de confort : la dalle en terre. Elle a une forte effusivité : à température égale, elle donne une sensation plus froide que la tomette, car elle “pompe” vite la chaleur du corps (pieds nus). Il compare avec l’expérience classique métal/bois dans une même pièce : même température, ressenti différent.

Il dit que ce n’est pas insurmontable (chaussettes, habitudes), mais reconnaît avoir cherché des améliorations sur l’extension, sans solution “miracle”. Les matériaux qui améliorent l’effusivité peuvent rendre la dalle plus fragile : toujours des arbitrages.


11) Conseils d’autoconstruction : santé, couple, organisation et réalisme

Le vrai prix du chantier : choix, charge mentale, épuisement physique

La partie la plus “utile” pour les auditeurs en projet, c’est peut-être celle-ci : David partage une vision sans filtre de l’autoconstruction.

11.1 Faire petit et finir

Il confirme un conseil majeur : ne pas voir trop grand. Ils avaient déjà vécu le “stress chantier” sur la yourte, et savaient qu’un projet trop long abîme tout : couple, énergie, finances, moral.

Il cite une statistique lue (sans la présenter comme vérité absolue) : une grande proportion de couples se séparerait avant la fin d’un chantier. Pour lui, même sans chiffres parfaits, l’intuition est forte : c’est une épreuve relationnelle.

11.2 La charge mentale : choisir en permanence

Construire, c’est faire des choix toute la journée : techniques, financiers, logistiques. Or une maison, même en “petit budget”, reste des “gros sous”. David donne un chiffre marquant : environ 21 000 € pour le rond de 40 m² (hors terrain). C’est peu comparé au marché, mais énorme à porter quand on décide tout soi-même.

11.3 Épuisement physique : “j’ai mal”

Il dit clairement avoir des séquelles (dos, douleurs) imputables au chantier, après la maison + une extension. Il évoque même une dimension sociale : le chantier est physiquement dur, souvent porté par des métiers pénibles et invisibilisés.

11.4 Enfants en bas âge : “ne faites pas ça”

Il reprend un conseil entendu… qu’il n’a pas pu appliquer : éviter un chantier lourd avec un enfant en bas âge. Il raconte l’enchaînement typique : encadrer, cuisiner pour les bénévoles, ranger, gérer l’intendance, puis reprendre l’ordi le soir pour les commandes, et être réveillé la nuit par l’enfant. Sur plusieurs semaines, c’est l’épuisement.

11.5 Sécurité et encadrement : pas trop de bénévoles, pas d’alcool

David insiste :

  • pas d’alcool sur le chantier (sécurité)
  • pas trop de monde à encadrer (au-delà d’un certain seuil, ça ralentit et crée des erreurs)
  • les tâches techniques ou nécessitant réflexion : à faire seul
  • toujours tester le geste avant de le faire faire (sinon on “regarde YouTube sur le chantier”, contre-productif)

11.6 Plan B et ressources humaines

Un conseil très concret : toujours avoir un plan B, et des personnes référentes à appeler en cas de doute. Parfois, un appel sert autant à résoudre qu’à “dégonfler le stress”.


12) Maison idéale : l’adaptabilité plutôt qu’un modèle figé

La meilleure paillourte est celle qui s’adapte aux contraintes du moment

À la question “si tout était possible”, David ne répond pas par une utopie. Il explique qu’il a déjà fait des choix différents sur l’extension :

  • plus de bois scié là où les assemblages étaient trop complexes en bois rond
  • pas de paille porteuse car l’extension est carrée : plutôt poteau-poutre + toiture d’abord pour travailler au sec
  • fondations plus “cavalières” (lit de cailloux) car le toit est structurellement indépendant, ce qui le rassure
  • et surtout : il assume que la fatigue et l’âge modifient les décisions

Sa “maison parfaite” serait donc une maison adaptée : au terrain, aux matériaux disponibles, au niveau d’énergie du moment, et à la réalité du contexte.


13) Culture du partage : retours d’expérience plutôt que tutos parfaits

“Le savoir n’est rien s’il n’est pas partagé”

La conclusion est presque philosophique. David cite sa phrase-clé : “Le savoir n’est rien s’il n’est pas partagé.” Il encourage le partage, via son blog, ses portes ouvertes, ses formations (autour du Minimasse et du solaire). Mais il va plus loin : il critique un biais fréquent des blogs d’éco-construction, qui s’arrêtent à la fin du chantier. Or ce qui manque le plus, ce sont les retours d’usage à 5, 10 ans : ce qui marche, ce qui vieillit mal, ce qu’on regrette.

Il rappelle aussi un biais important : on ne voit que les projets “survivants”. Les erreurs et les échecs sont moins racontés, alors qu’ils enseignent souvent plus que les réussites.

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