Piscines naturelles et écologiques

Soyons clairs, lorsqu’on associe les notions d’habitat écologique et de piscine il se produit comme un bug dans notre cerveau. Une piscine peut-elle être “naturelle et écologique” ? Comment une cuve en béton remplie d’eau chlorée et de systèmes gourmands en énergie peut avoir sa place dans une maison ayant des ambitions de sobriété et de résilience ?

La réponse n’est pas aussi binaire en réalité. Car il existe des variantes à la piscine traditionnelle que l’on voit habituellement. Et il est possible de limiter au maximum l’impact de ce type d’ouvrage sur l’environnement. À condition de comprendre les enjeux et de faire les adaptations nécessaires.

On va donc voir dans cet article en quoi consiste une piscine “naturelle et écologique”. Je présenterai quels sont les principes, les points d’attention et aussi les façons “d’améliorer” sa piscine si vous en avez déjà une. 

Car comme pour sa maison, tout est une histoire de choix, de compromis et de besoins. Si vous rêvez d’une piscine mais que vous n’osez pas car vous ne voulez pas d’un bassin plein de plastique et de produits chimiques, cet article devrait vous intéressez. 

Si le sujet vous parle, partagez votre expérience et continuez la discussion en laissant un commentaire à la fin de l’article. Je les lis tous.  

Piscine biologique

Une piscine n’est pas nécessairement un simple rectangle bleu (© Bioteich)

Pourquoi une piscine n’est pas écologique

Une piscine consomme beaucoup d’eau, beaucoup d’énergie et occupe une surface de jardin sans végétation ni biodiversité

On le sait bien, une piscine N’EST PAS écologique.

Voici quelques chiffres pour illustrer concrètement cette affirmation.

Une piscine “classique” de 8 m * 4 m avec une profondeur moyenne de 1,4 m nécessite plus de 40 000 litres d’eau pour la remplir. C’est équivalent à la consommation d’eau potable d’un-e français-e pendant plus de 6 mois (tous les usages confondus).

De plus, l’évaporation en été représente à elle seule autour de 200 litres par jour (5 à 10 litres / m²).

Enfin, il est conseillé de vider un tiers de la piscine chaque année pour renouveler l’eau afin d’assurer une qualité sanitaire suffisante. 

Ainsi, mis bout à bout, une piscine consomme plus de 30 000 litres d’eau chaque année (hors remplissage initial) !

Ce n’est pas tout. Si la piscine est chauffée, il faut alors bien sûr dépenser de l’énergie pour le système de chauffage (généralement de l’électricité). Cette consommation s’ajoute à celle nécessaire pour la circulation de l’eau et le fonctionnement du système de filtration. On parle au total de plusieurs centaines d’euros et de plusieurs milliers de kWh chaque année.

Une piscine n’est pas non plus écologique car il faut des produits chimiques pour traiter l’eau. Le plus souvent il s’agit du chlore, agent désinfectant très efficace mais également irritant pour les personnes sensibles et les enfants (yeux rouges, asthme, allergies, rhinites…). D’autres piscines utilisent du sel, qui, via un électrolyseur est transformé… en chlore !

Enfin, quand on construit une piscine, on ôte une partie de la végétation et de la terre du jardin, détruisant ainsi la biodiversité

Pour toutes ces raisons une piscine traditionnelle n’est pas franchement écolo. Ça, ce n’est pas un scoop me direz-vous. 

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il existe des variantes, appelées piscines naturelles, offrant des perspectives beaucoup plus réjouissantes

Les piscines naturelles et écologiques

Piscine naturelle et écologique

Piscine naturelle et écologique (© Chatel Paysage)

Qu’est-ce qu’une piscine naturelle ?

Une piscine naturelle se distingue d’une piscine classique par le procédé d’épuration de l’eau. Pour y parvenir la piscine naturelle se compose de 2 zones d’eau qui communiquent entre elles. La zone de baignade, comme dans une piscine classique, et la zone de filtration. Cette deuxième zone fait à elle seule toute la différence. C’est elle qui remplace les produits chimiques utilisés dans les piscines classiques, grâce à des procédés biologiques (voir ci-après). 

Une piscine naturelle est donc avant tout une piscine “vivante” où la nature reprend ses droits et son fonctionnement habituel.

La zone de filtration : le bassin d’épuration

Aussi appelée zone de lagunage ou de “régénération”, cet espace est l’élément essentiel d’une piscine naturelle. C’est lui qui assure la filtration de l’eau de baignade et donc sa qualité. 

Basé sur le principe des rivières et des lacs, ce bassin cherche à recréer un biotope naturel par l’intermédiaire des roches et des plantes. 

  • Les roches : leur rôle est d’abriter les bactéries qui transforment les matières organiques présentes dans l’eau afin de les rendre assimilables par les plantes. Les roches fréquemment utilisées sont la pouzzolane, les galets et les graviers (les roches doivent être lavées avant emploi pour éviter l’apport de particules argileuses).
  • Les plantes : elles “épurent” l’eau en consommant les nitrates et phosphates libérés par les bactéries. Elles permettent aussi d’apporter de l’oxygène et du carbone, limitant ainsi le développement des algues. Beaucoup de plantes peuvent convenir mais on peut citer les plantes épuratrices suivantes : élodée, joncs, papyrus, roseaux, menthe aquatique, myosotis, typha, iris…
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Bassin de baignade et zone de régénération

Bassin de baignade et zone de régénération (© Bionova)

La qualité sanitaire de l’eau

Dans une piscine naturelle bien conçue et bien entretenue (voir la question de l’entretien ci-après), la qualité de l’eau est sans risque pour la santé humaine. La baignade est donc parfaitement autorisée (c’est le but !). On retrouve la même qualité que dans un lac ou dans une rivière (non pollués bien sûr). Des piscines naturelles publiques existent d’ailleurs (comme à Combloux en Haute-Savoie par exemple).

Piscine naturelle publique

Piscine naturelle à Combloux (© Mairie de Combloux)

La qualité de l’eau est obtenue grâce au bassin de régénération décrit précédemment et à un système de circulation.

Ce système de circulation n’est pas vraiment différent de celui que l’on retrouve dans une piscine classique. Il s’agit d’une pompe, de bouches et de réseaux qui permettent la circulation et le brassage de l’eau entre le bassin de baignade et la zone d’épuration. Ce dispositif n’est pas en soi “écologique” car il nécessite de consommer de l’énergie électrique (comme pour une piscine classique). Toutefois, son temps de fonctionnement est généralement réduit par rapport à une piscine traditionnelle (quelques heures par jour seulement). 

Un suivi de la qualité de l’eau est tout de même recommandé avec un contrôle annuel. 

Nota : si la qualité de l’eau se dégrade, vous le verrez rapidement car le bassin va se couvrir d’algues et des odeurs vont se faire sentir… Vous n’aurez alors pas envie d’aller vous baigner de toute façon !

La température de l’eau

Même si c’est techniquement possible, il n’est pas conseillé de chauffer l’eau de sa piscine naturelle. D’abord parce que cela ne va pas dans le sens d’une piscine “écologique”, puis parce qu’au-delà de 28°C le fonctionnement épurateur du bassin de régénération perd en efficacité

En outre, les piscines naturelles sont rarement recouvertes par un volet, donc l’évaporation s’en trouverait accélérée ainsi que les déperditions thermiques nocturnes. Ce qui n’est bon ni pour le porte monnaie, ni pour la planète…

Il est donc préférable de se contenter d’un chauffage “naturel”, simplement par les apports solaires. À noter que la profondeur de l’eau dans la zone de lagunage est faible (quelques dizaines de centimètres), donc l’eau chauffe vite à cet endroit.  

Combien ça coûte ?

Une piscine naturelle est-elle plus chère qu’une piscine classique ?

La réponse est oui pour ce qui est du coût de construction. Notamment car il faut une surface plus importante du fait de la présence d’un second bassin (le bassin d’épuration). Les coûts de terrassement et même d’emprise foncière sont donc proportionnellement augmentés. On trouve ainsi dans la presse spécialisée des surcoûts d’investissement de l’ordre de 30 à 40%.

En revanche, une piscine naturelle n’a généralement pas de couverture / fermeture et ne nécessite pas de produits chimiques (ce sont les plantes qui jouent ce rôle !). Les robots nettoyeurs ne sont pas non plus indispensables.  Les frais d’usage sont donc sensiblement réduits par rapport à une piscine classique. 

Quel entretien ?

Les amateurs de piscines naturelles se tournent vers ce type de bassin pour s’affranchir de l’entretien contraignant d’une piscine classique. Et ils ont raison !

Attention, une piscine naturelle n’est toutefois pas sans entretien. Mais il s’agit plus d’un travail de jardinier que de “pisciniste”. Il suffit de tailler périodiquement les plantes, d’ôter la végétation fanée et de nettoyer à l’occasion les zones éventuellement boueuses. Plus qu’une contrainte, c’est un plaisir de s’occuper de ses bassins à la végétation luxuriante. 

Le niveau d’investissement en temps dépendra directement du rendu esthétique que vous souhaitez pour votre piscine naturelle (comme pour un jardin). 

Nota : en hiver, on coupe généralement le système de circulation pour éviter les gelées. 

Piscine jardin

Piscine jardin (© Chatel Paysage)

Une piscine paysage, toute l’année

Le grand intérêt d’une piscine naturelle réside avant tout dans sa beauté. Les bassins sont magnifiques avec la végétation, les roches et la biodiversité qui s’y installent. Le bassin offre des variations de couleurs au fil des saisons et surtout, il est beau toute l’année ! Tout le contraire des piscines classiques qui sont fermées au moins 6 mois par an par des volets ou des bâches peu esthétiques…

Transformer sa piscine classique en piscine “vertueuse” ? 

Si vous avez déjà une piscine ou que vous envisagez de franchir le pas sans pour autant plonger dans l’aventure de la piscine naturelle, sachez qu’il est toujours possible de faire des choix plus économes et plus “durables”.

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D’abord pour ne pas vous ruiner en entretien et en charges courantes, puis pour réduire l’impact environnemental de l’ouvrage. 

Peut-on utiliser l’eau de pluie pour sa piscine ?

Pour limiter l’usage de l’eau potable du réseau pour le remplissage de votre piscine, il est possible de l’alimenter avec les eaux pluviales (c’est déjà en partie le cas quand il pleut !).

Quelques précautions doivent néanmoins être respectées.

D’abord l’eau de pluie doit être filtrée et traitée (par un stérilisateur UV par exemple) avant d’être réutilisée. Dans le cas contraire il faudrait augmenter les doses de chlore ou de sel pour garantir la qualité de l’eau. Ce n’est pas le but de l’opération.

Les professionnels conseillent également de ne pas remplir la totalité du bassin avec des eaux pluviales pour assurer l’équilibre de l’eau (pH).

D’un point de vue strictement financier cette solution ne paraît pas très rentable car l’investissement dans l’unité de traitement et le stockage des eaux pluviales est important. Mais elle peut devenir plus intéressante si l’installation de collecte et de traitement de l’eau sert également pour d’autres usages dans la maison (eau alimentaire, sanitaires, WC…), et que tout est réfléchi en amont dans le cadre d’un projet global.

Oui au chauffage… solaire

Pour profiter de sa piscine sur une plus longue période il peut être tentant de vouloir chauffer l’eau.

Aujourd’hui le système le plus utilisé est la pompe à chaleur. Même s’il est très performant, il nécessite quand même de l’électricité. Et si vous lisez ce blog, c’est que vous cherchez probablement des solutions alternatives, voire low-tech, pour réduire vos consommations. 

Je vois 2 solutions intéressantes pour chauffer sa piscine. 

La première consiste simplement à installer un volet ou une structure transparente au-dessus du bassin (abri, verrière ou autre). Le soleil et l’effet de serre font alors le travail. Avec ce type d’installation, on peut gagner jusqu’à 10°C sur la température de l’eau !

Un autre dispositif consiste à faire transiter l’eau de la piscine au travers de capteurs solaires thermiques. Ces capteurs sont non vitrés et s’installent à même le sol ou sur un toit à proximité. En passant dans les tubes (souvent noirs pour optimiser le réchauffement), l’eau chauffe grâce aux apports solaires. 

Pensez à isoler votre piscine !

Pour conserver l’eau à une température agréable le premier réflexe est de prévoir une couverture dès que vous n’utilisez pas la piscine. 

Volets ou bâches isolantes, de nombreux systèmes existent. Ils permettent d’éviter les déperditions thermiques (notamment la nuit) et aussi de limiter l’évaporation la journée. 

Comment limiter l’usage de produits chimiques dans sa piscine ?

Pour réduire sensiblement l’usage de produits chimiques dans sa piscine conventionnelle il existe un procédé de traitement par ultraviolets (UV). 

Des lampes UV sont installées dans le système de filtration et permettent d’éliminer les micro-organismes. 

Ce traitement doit quand même être couplé avec l’addition de chlore, mais en quantité 2 à 3 fois moins importante que dans le cas classique sans UV. 

Pour aller plus loin

Voilà, j’espère que cet article vous aura apporté un éclairage nouveau sur les piscines. Sur ce sujet, il n’y a donc pas de solutions miracles, mais on trouve quand même des alternatives intéressantes pour limiter notre impact, voire même pour le bonifier. 

Piscine naturelle

Piscine naturelle (© Chatel Paysage)

Et vous, est-ce qu’une piscine naturelle vous tente ?

Laissez votre avis dans les commentaires ci-dessous.

Une partie des informations contenues dans cet article vient du livre “Piscines, les solutions écologiques“. L’ouvrage présente aussi de nombreuses photos de réalisations, dont de magnifiques piscines naturelles ! 

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