Une maison écologique peut-elle être abordable ?

Aujourd’hui je consacre un article à cette question que l’on me pose très souvent.

C’est même souvent la première qui vient quand je discute d’écoconstruction autour de moi. 

Je réponds toujours la même chose : … ça dépend !

…de votre projet et de ce que vous en faites (oh la la ça sent la langue de bois 🤔)

Plus sérieusement, qu’en est-il ? Une maison écologique, est-ce moins cher, abordable ou vraiment plus cher ?

Qu’est-ce qui caractérise une maison écologique ?

Avant d’aller plus loin, petit cours de grec ancien (non non ne partez pas 😅 !) :

“éco” vient de oikos, la maison, l’habitat, et “logie” vient du terme logos, la science, la connaissance

“écologie” désigne donc communément la science de l’habitat ou la science des relations des organismes avec le monde environnant.

Concrètement, une maison écologique se caractérise par :

  • l’utilisation de matériaux locaux et durables
  • de faibles besoins en ressources (énergie, eau) autres que celles présentes sur le lieu
  • un emprise au sol adaptée au contexte
  • et finalement un impact global le plus faible possible sur l’environnement

Idées reçues sur la maison écologique

Quand on pense maison écologique, on imagine tout de suite des fenêtres triple vitrage, une isolation de 40 à 50 cm, des panneaux solaires, une cuve de récupération des eaux de pluies, et parfois même des toilettes sèches.

C’est vrai, cela fait partie des dispositifs à envisager pour avoir une maison respectueuse de son environnement. 

Et cela a un coût. Car la réglementation pour une maison “classique” aujourd’hui n’impose pas ce niveau de performance. Donc plus, d’isolation par exemple, induit un coût plus élevé

Il n’y a pas de débat sur ce point.

Mais tous ces dispositifs ne sont que des outils. 

Et une maison écologique n’est pas une superposition d’outils ultra-performants (et chers). C’est plutôt une maison intelligemment conçue pour réduire au maximum ses besoins, et donc les équipements associés.

Enfin, dans certains cas l’investissement initial est supérieur à celui d’une maison standard mais les économies (d’énergie et d’entretien notamment) deviennent profitables au bout de quelques années (le nombre dépend d’une multitude de facteurs donc je ne donnerai pas de chiffres précis ici mais cela peut être 5, 10 ou 15 ans). 

La réalité d’une maison écologique

Une maison écologique est en fait un (éco)-système qui produit par lui-même des bénéfices au cours du temps. C’est un investissement durable (et rentable !).  

Voyons comment y parvenir dans les paragraphes suivants (cliquez sur le lien qui vous intéresse ci-dessous si vous ne voulez pas tout lire). 

1 – Le bioclimatisme

C’est la base d’une maison écologique. 

La conception bioclimatique consiste à tirer le meilleur parti des conditions d’un site pour concevoir un bâtiment confortable pour ses utilisateurs, au coût énergétique le plus réduit possible, et dans le respect de l’environnement.

Il s’agit notamment de réfléchir à l’implantation de la maison pour profiter au maximum du climat et du lieu :

  • récupérer les apports solaires en hiver pour se chauffer “gratuitement”
  • se protéger du soleil en été pour éviter les surchauffes (et ne pas climatiser)
  • s’aider de la topographie du site pour limiter les déperditions de certaines parois (en encastrant partiellement une partie de la maison dans la pente du terrain) 
  • jouer avec la végétation pour générer des filtres utiles (ombres, brise-vents)
  • maîtriser la ventilation naturelle de la maison sans assistance mécanique

En travaillant sur ces points, on réduit naturellement et sans surcoût les besoins énergétiques de la maison. Et cela, quel que soit le niveau de performance de l’enveloppe (murs, planchers, toitures, fenêtres).

Selon notre terrain, nous pourrons mettre en place tout ou partie de ces principes. Dans tous les cas, même si l’on ne peut en appliquer qu’un seul, ce sera déjà un plus par rapport à une maison “standard” ! 🏡

2 – L’architecture “éco-logique”

Le bioclimatisme porte sur l’organisation spatiale “extérieure” de la maison (sa place dans l’environnement). On peut travailler ensuite sur l’organisation spatiale “intérieure” de celle-ci pour gagner en efficacité.

C’est ce que j’appelle l’architecture “éco-logique”. 

Ainsi, dans nos climats tempérés en France métropolitaine, on cherchera à :

  • placer les pièces secondaires comme l’entrée, la buanderie, le garage, les escaliers, au nord pour faire office “d’espaces tampons”. Ces pièces ont pour rôle de “protéger” les pièces principales du froid venant du nord.
  • implanter les pièces de vie principales au sud (séjour notamment)
  • mettre la cuisine au sud-est pour profiter du soleil le matin et le midi
  • à l’ouest, on peut mettre une salle de bains par exemple pour créer un filtre devant une chambre afin de réduire les apports solaires de fin de journée (qui peuvent être source de surchauffes en été).

implantation

Implantation pour un meilleur gain énergétique, source : ADEME

Une autre facette de l’architecture “éco-logique” consiste à s’interroger en amont de manière profonde sur les espaces que nous souhaitons.

De quelle surface a-t-on vraiment besoin ? Avec quelle hauteur sous plafond ?

Seront-ils faciles à chauffer ? Et à entretenir ?

Peut-on optimiser (et réduire) les espaces secondaires (couloirs, cellier, garage, buanderie, deuxième salle de bains, etc…) ?

Ce sont des questions de bon sens, mais qui peuvent aussi faire la différence sur le long terme.

On peut s’inspirer par exemple pour cela de l’habitat minimaliste (et notamment des tinyhouses), qui conjuguent surface réduite, confort et joie de vivre !

Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire l’article sur le blog : “Habitat minimaliste, au plus proche de soi et de la nature“.  

In fine, nous réussirons peut-être à limiter la taille de la maison (sans faire de concession sur notre confort), ce qui réduira d’autant son coût !

3 – Des matériaux sains et durables

Une maison écologique c’est aussi faire le choix de matériaux plus durables, plus sains et plus écologiques

On l’oublie parfois, mais beaucoup de matériaux à l’intérieur de nos maisons ne sont pas “inertes”. Ils relâchent des polluants tout au long de leur vie (la majorité étant émise lors des premiers mois). 

Certains de ces polluants sont même classés cancérigènes par l’OMS. C’est donc sérieux. 

C’est le cas des COV (composés organiques volatils) et des formaldéhydes que l’on retrouve dans la plupart des peintures, dans les colles des panneaux de particules des meubles en bois aggloméré, dans les revêtements de sol en PVC, et dans quasiment tous les produits d’entretien. Ok ces matériaux sont moins cher mais êtes vous surs de vouloir faire ce type d’économie ?

Pour en savoir plus sur le sujet de la qualité de l’air, vous pouvez aller voir l’article du blog : “Qualité de l’air, comment purifier sa maison ?“. Vous y trouverez des informations détaillées sur les sources de pollution les plus courantes et des conseils pour trouver des alternatives. Et vous pourrez faire des économies car les produits d’entretien “faits maison” sont efficaces et coûtent beaucoup moins chers que les produits conventionnels. 

Les matériaux naturels sont plus sains. Nous aurons ainsi un air intérieur moins pollué et donc une meilleure santé sur le long terme, et ça n’a pas de prix 🤗 ! 

Faire le choix de matériaux durables, cela veut dire aussi :

  • De qualité supérieure pour durer dans le temps sans avoir à les remplacer au bout de quelques années
  • Facilement réparables
  • Produits localement et/ou avec des compétences que l’on trouve facilement localement (ce sera d’autant plus simple de les réparer si besoin par la suite)

Je pense par exemple aux alternatives au “Placo” pour le doublage des murs. Il en existe plusieurs. Il y a notamment le “Fermacell”. Il est plus cher certes (8 €/m² TTC contre 3,5 €/m² pour le Placo), mais il est beaucoup plus robuste, plus isolant au bruit, a une meilleure inertie, et est plus écologique. Le bois est également une solution intéressante (et chaleureuse) pour habiller les murs. 

Pour découvrir l’article complet sur ce sujet c’est ici : “Placo : comment faire autrement (et mieux) ?“.

4 – Les énergies renouvelables

Qui dit maison écologique dit énergie renouvelable ! La liste des systèmes disponibles est longue : panneaux solaires produisant de l’eau chaude ou de l’électricité, pompe à chaleur pour le chauffage, puits canadien (pour le chauffage) ou provençal (pour le rafraîchissement), récupérateur de chaleur sur l’air de la ventilation, ou sur l’eau de la douche, et même éolienne ou cuisine solaire !

On en parle beaucoup mais l’on sous-estime encore souvent l’intérêt d’y recourir chez soi.

Est-ce fiable ? Est-ce abordable ? Quel sera l’entretien ?

Ces questions sont fréquentes et parfaitement légitimes. Le sujet des énergies renouvelables est très vaste, il mériterait un article complet (je le ferai prochainement c’est promis !), donc je ne vais pas entrer dans le détail ici. Mais je vais quand même donner quelques éléments pour convaincre des bénéfices envisageables :

  • Fiabilité : le retour d’expérience sur les systèmes d’énergies renouvelables est désormais important (plusieurs décennies). La fiabilité est là. Par exemple, la performance des panneaux photovoltaïques est garantie pendant 25 ans (à 80% de la puissance initiale) par la plupart des fabricants.  
  • Coût : à l’achat ces systèmes restent plus chers que les systèmes conventionnels (cas des pompes à chaleur par rapport à une chaudière gaz par exemple, même si l’écart ne cesse de diminuer). En revanche, ce sont des économies d’énergie en continu, et donc très souvent l’installation est rentabilisée au bout d’une dizaine d’années (temps de retour sur investissement courant pour une installation photovoltaïque en toiture*). 
  • Entretien : ils ne demandent pas plus d’entretien qu’un système classique. Il faut généralement prévoir une visite de routine annuelle par un installateur, comme c’est le cas pour une chaudière gaz par exemple. 

*Notons également que pour ce type d’installation, nous pouvons revendre le surplus d’électricité produite à EDF à un prix avantageux (supérieur au prix d’achat de l’électricité sur le réseau). Ce dispositif encadré par la loi a été mis en place pour promouvoir les panneaux solaires photovoltaïques. EDF s’engage à racheter votre production d’électricité pendant 20 ans à un prix garanti. Cela ne durera peut-être pas, profitons-en dès maintenant !

maison-solaire

Maison “solaire” au Canada

5 – Les maisons-serres

Un autre dispositif couramment mis en place dans une maison écologique est celui de la serre. 

Le but est de capter un maximum d’apports solaires “gratuitement” pour chauffer la maison.

Le principe de base est assez simple : il faut exposer une surface vitrée au soleil (donc au sud dans l’hémisphère nord) pour faire entrer la chaleur dans la maison. Car environ 65% de l’énergie du soleil (sous forme de chaleur) traverse un double-vitrage et pénètre dans la pièce. C’est autant d’énergie gratuite de récupérée !

Ainsi en hiver, la chaleur obtenue suffit à combattre les déperditions thermiques des murs (isolés au niveau réglementaire) pour conserver une température agréable à l’intérieur de la maison.

Mais on peut aller beaucoup plus loin

On peut appliquer ce principe de la serre de façon encore plus efficace et réduire quasiment à zéro les besoins de chauffage, toute l’année. Pour cela il faut concevoir une façade dite “bioclimatique”. Généralement constituée d’une double épaisseur, dont la première est largement vitrée (comme une grande véranda en fait), elle capte la chaleur du soleil et la restitue à l’ensemble des pièces de la maison par le biais d’ouvertures et de parois à forte inertie. 

Même si le principe est simple, ce type de façade demande un peu d’ingénierie et surtout de bonnes connaissances. Il est donc souhaitable de se faire conseiller par un pro. Car il faut aussi prévoir de gérer les apports solaires en été pour éviter les surchauffes 🥵 !

maison-serre

Une maison “serre” avec sa façade vitrée exposée au soleil

Un autre dispositif utilise cet effet de serre avec succès. C’est le mur-trombe ! (Whaaat ?? 🤔) J’en parlerai dans un autre article car ça mérite une présentation complète. Mais l’idée est de créer des “murs-chauffants” qui récupèrent les calories du soleil et les diffusent dans la maison. 

Tout cela a un coût (surtout pour se faire bien conseiller lors de la conception et les travaux), mais c’est ensuite des années d’économies de chauffage et d’autonomie énergétique qui nous attendent 🤗 !!

6 – La permaculture au jardin

Là encore cela mérite un article complet (et même plusieurs) ! Si vous avez la chance d’avoir un jardin vous aurez peut-être envie d’en profiter pour faire un potager. 

Dans ce cas la permaculture est la solution écologique par excellence. En raisonnant de manière globale sur les interactions entre chaque plante, le sol et le climat, elle permet de cultiver toute sorte de choses avec un rendement honorable. 

permaculture-jardin

Exemple d’un “petit” jardin dédié à la permaculture et à la production alimentaire 🙏

Et qui sait, peut-être qu’un jour vous aurez les mêmes résultats que la famille Dervaes installée en Californie : 3 tonnes de fruits et légumes, 1800 oeufs et 200 litres de lait produit chaque année sur leur ferme urbaine de 360 m² 🌱 (ils se nourrissent ainsi pour 2 dollars par jour) !

7 – La récupération d’eau

Saviez-vous que l’on peut récupérer en moyenne chaque jour 2 litres d’eau* sur chaque mètre carré de toiture ? 

Donc avec une toiture de 70 m² nous pouvons collecter plus de 50 m3 par an 🙂 !

Ça vaut le coup d’installer une cuve de récupération, non ? En fonction du système (avec ou sans pompe par exemple) et des usages (jardin seulement, ou jardin + nettoyage + lessive), l’investissement peut devenir rentable.

usages-eau

Usages de l’eau, source : CIEAU

*la pluviométrie moyenne annuelle en France métropolitaine est d’environ 800 mm. Cela représente donc un peu plus de 2 mm par jour, soit 2 litres par m².

La frugalité heureuse

Au-delà des bénéfices listés ci-dessus, la maison écologique profite à tous, directement ou indirectement. En ce sens qu’elle génère un cercle vertueux pour l’économie locale, la planète et l’Homme bien sûr. 

Si elle représente souvent un investissement qui peut être plus important au début*, la maison écologique devient rapidement “rentable” par les graines positives qu’elle sème tout au long de l’utilisation que l’on en fait. 

*et encore c’est discutable car il y a des solutions pour construire réellement moins cher, par les chantiers participatifs par exemple.

Et il faut également tenir compte des bienfaits subjectifs que cette expérience nous apporte : plus de partage, plus d’implication dans un projet qui nous tient à cœur (et pour lequel nous sommes alignés avec nos convictions), plus de liberté (par l’autonomie, même relative), et j’en suis sûr plus de bonheur !

Ça vous tente 🤗 ?

 

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Intérieur bois, crédit photo : Pierre-Yves Brunaud

Pour aller plus loin

Vous pouvez lire les articles suivants sur le blog : 

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Ressources

Quelques références intéressantes sur les sujets abordés :

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